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Djèhouty Shèmsou |
(clicker pour agrandir)
Addenda :
Introduction.
Nous avons ici la chance de trouver le texte, presque
saisi en vol, d'une de ces synthèses si recherchées. Comme souvent avec
"la chance", c'est cette fois ci un ami, le professeur Lebrun, qui l'a
provoquée. Notre point de vue est très net en cette matière : tout
professeur digne de ce nom devrait disposer, pour chacune de ses spécialités,
d'un tel "Management Summary". Ils pourraient ainsi permettre à
notre jeunesse de s'orienter en connaissance de cause !
Le texte qui suit, qui ne fait qu'effleurer le travail à
fournir pour les prochaines années, soulève des perspectives historiques sur
lesquelles René Lebrun nous fera peut-être un jour la joie de nous éclairer.
Car enfin, l'Histoire n'est faite que d'hypothèses de travail, et ce
Nouvel Empire hittite n'a peut-être jamais existé !
Djèhouty Shèmsou
Couverture :
"Quand, avant 1880, A. H. Sayce se livra aux premières
tentatives d'interprétation des inscriptions hiéroglyphiques anatoliennes, il eut la chance d'avoir à sa disposition un texte bilingue, rêve de tous les philologues.
En 1860, un certain Ivanoff, numismate habitant Constantinople, avait acheté à Smyrne (Izmir), un petit sceau en argent. Sayce entendit parler du sceau ...
La lecture (à cette époque) du texte cunéiforme donnait
le résultat suivant : "Tar-rik-tim-me, roi du pays d'Er-me-e".
Depuis cent ans ce sceau a été baptisé, bien
qu'incorrectement, du nom de "sceau de Tarkondemos" ...
(voir
, p.2 §1.1)
Annotations :
-
Une note de fin de document déjà référencée sera
indiquée entre parenthèse : e.g. (
) et non
.
-
Les notes bibliographiques - en page annexe du texte
principal - sont indiquées par des crochets : e.g.
qu'‘il suffit de clicker.
-
(T) indique que le mot qui suit est de langue
turque, (E) en anglais / English, (D) en allemand / Deutsch,
(F) en français, (Gr) en grec ancien, (L) en latin,
(Lu) en louvite, (N) en nésite, (Sk) en sanskrit, (Sv) en
suédois / Svenska, etc..
-
D'éventuelles prononciations seront indiquées entre
crochets : e.g. (T) oğlu [olou],
"fils".
-
Avoir à sa disposition une carte routière de Turquie
peut se révéler utile.
|
.
Ou encore, nous voyons dans ces textes des passages où tel ou tel personnage
est dit s'exprimer louvili, c'est-à-dire "à la manière louvite"
ou si vous voulez en langue louvite
.
Nous aurons peut-être l'occasion, tout à l'heure - je ne veux pas m'étendre
ici là-dessus - de vous montrer que un autre terme, celui de "hittite", lui
est un terme quelque peu ambigu, je dirais même, voire moderne. Tandis
que le mot "louvite", comme par ailleurs le mot "palaïte"
ou "babylonien", correspond à un terme qui était employé par les gens
concernés dans la haute antiquité, c'est-à-dire au second
millénaire.
En ce qui concerne leur répartition, nous pouvons dire que fondamentalement,
ces populations indo-européennes, qui ont pu arriver sur le continent
anatolien
à une date que pour l'instant il est très difficile de définir - ce n'est pas
la place ici de s'époumoner sur cette question ; 2.500 avant Jésus-Christ est
une date qui a notamment été avancée - ces populations donc se retrouvent
essentiellement dans le Sud de l'Asie Mineure, le Sud anatolien, le Sud de la
Turquie moderne si vous préférez, de même que dans le Sud-Ouest.
On retrouve également ces populations dans une des parties de la Cilicie -
qui portait le nom de Kizzuwatna au second millénaire
et dans le cadre donc du monde louvite - dans sa partie occidentale, non pas
Est mais Ouest, qui aussi était majoritairement occupée par des populations
louvitophones.
Il y a ces pays que l'on appelle les pays d'Arzawa, lesquels
s'étendaient - nous en avons presque la certitude à l'heure actuelle - jusqu'à
la mer Egée, avec comme capitale Apasa, cette ville d'Apasa
qu'il faut, semble-t-il, de plus en plus identifier avec le grec
Ephesos. Ces pays d'Arzawa qui, lorsqu'ils seront conquis par le
roi hittite Mursili II
, vont être réorganisés en des royaumes vassaux qui porteront par exemple
les noms de "royaume de Mira", de
apalla
, "pays de la rivière Seha"
.
Voilà donc, je dirais, une ligne générale de leur répartition : les
populations louvites, en résumé, sont essentiellement concentrées dans le Sud
de la Turquie actuelle, également en partie sur l'Ouest égéen et regroupent
des pays qui à une certaine époque s'appelaient pays d'Arzawa - ces
dénominations vont évoluer, vont être transformées, après le règne ou même
pendant le règne du roi Mursili II - et un peu plus à l'Est nous
avons la province du Kizzuwatna
, majoritairement louvite dans sa partie occidentale.
|
En ce qui concerne la langue, trois points d'emblée peuvent être avancés :
Premier point : le louvite est une langue sœur ou cousine - ce serait peut
être plus juste - du hittite ou si vous voulez du hittite qu'il faut appeler
nésite. Le nésite était l'appellation que l'on donnait,
au second millénaire, aux gens qui parlaient cette langue administrative,
langue officielle de l'empire hittite. Cette langue que nous appelons
le hittite, cette langue que l'on enseigne aux étudiants, en fait, c'était le
nésite, c'est-à-dire la langue de la ville de Nesa ou si vous préférez
de Kanesh, et dans le langage moderne de Kültepe
.
Le louvite se distingue, tout en étant très proche du hittite, par des traits
pertinents tant au niveau morphologique que lexical. J'y reviendrai de
suite.
Il est également possible qu'il y ait eu une dialectologie louvite, non pas
une langue monolithique, si vous voulez, mais avec quelques variantes.
Ce serait peut être le cas d'un dialecte louvite que l'on va qualifier de
"istanouvien" parce qu'il y a, justement, des chants liturgiques qui sont liés
à la ville d'Istanuwa - Sans doute dans le Sud anatolien - et à la
ville de Lallupiya, et ces
chants amébées
qui sont très difficiles à traduire, en tout cas à comprendre, offrent en
bien des points des affinités avec le louvite.
Deuxième point : le louvite
est attesté donc dès le XVIe siècle av. J.-C. Il est noté tant à
l'aide de l'écriture cunéiforme que hiéroglyphique.
Troisième point : la langue louvite reste une langue concurrente du nésite
et, à long terme, l'emportera largement jusqu'à donner ce que l'on pourrait
dénommer le gréco-asianique.
Je reviens au premier point. Plusieurs éléments démarquent donc le
louvite de sa cousine, la langue nésite, devenue langue administrative de
l'Etat du Hatti
. Quelques-uns de ces points de démarcation, je dirais de
séparation, sont les suivants. Je ne suis pas complet et ne me demandez
pas une liste exhaustive : ce n'est pas le but de cet exposé.
Simplement je vous donne ici des pistes.
Le lexique des termes "fondateurs" de société est souvent hétérogène et isolé
dans le cadre des langues indo-européennes. C'est la raison pour
laquelle je vous ai inclus une liste (voir §5.1.2.5.x)
qui vous donne quelques termes de base : dans toute société on évoque les
dieux, l'homme, la femme, père, mère, etc.. Une sélection de ces termes
fréquents - de ces termes que j'ai appelé "termes fondateurs" de société -
vous donne : dans une première colonne la langue nésite, langue officielle,
dans la colonne suivante le louvite, tant au second qu'au premier millénaire,
et finalement une colonne avec le lycien.
Le lycien, entre autres, est une langue, j'allais dire fille du louvite, ou
c'est l'état résiduel du louvite, ou c'est du louvite quelque peu altéré, le
lycien étant essentiellement attesté épigraphiquement au Ve et au IVe siècle
avant Jésus-Christ. Et vous voyez, par les flèches entre le louvite et
le lycien, que chaque fois le mot lycien dérive, là où il y a une flèche, du
mot louvite. Le résultat est parlant par lui-même.
De grandes différences se marquent entre le nésite et le louvite.
Voyez le mot "dieu" : siu- en nésite, siuni- à
l'époque du nésite classique, où nous retrouvons la racine
indo-européenne *djew-, donc (G) Zeus, (L) Deus, (Sk) deva ,
(L) dies, "le jour", tandis qu'en louvite nous avons le terme
massani-, très différent, hétérogène par rapport au nésite, qui
va aboutir au lycien mahana. En effet, à partir du
louvite, le "s" intervocalique tend à s'aspirer, du moins dans
le lycien le plus attesté que nous appelons le lycien A. En
lycien dit lycien B le "s" se maintient ou a tendance à
se maintenir.
Voyez le mot pour "homme", antu
sa- en nésite, vous donne en
louvite ziti- que l'on retrouve, me semble-t-il, dans le lycien
zita- et en tous cas dans le gréco-asianique de Lycie
sida- ou sidi-.
Voyez le mot "femme", kuina-, en nésite et wanati-
en louvite. Il y a peut être une affinité entre
kuina- et wanati- : cfr. le traitement de la
première consonne au niveau de l'indo-européen. En lycien il n'est pas
exclu que nous ayons le même radical.
Voyez le "père", atta- en hittite et tadi- en
louvite. Et nous pouvons continuer : voyez le mot pour la "ville", le
mot "jour" qui vous donne
ali- en louvite.
L'adjectif "sacré", suppai-, qui donne en louvite
kummai-. Et ainsi de suite!
J'attire encore votre attention sur le terme qui désigne la totalité,
l'adjectif pronom "tout", l'"omnis" latin,
umant- en nésite, qui a
d'ailleurs le même radical que le mot latin "omnis", tandis qu'en louvite vous
avez soit tanama-/i- soit punati-, et que en
lycien, Sans doute, nous avons le terme huwedri. Voilà,
vous pouvez compléter la lecture si vous le souhaitez.
|
Termes Fondateurs de Société |
|
- |
français |
nésite (hittite) |
louvite |
|
lycien |
|
1 |
ciel |
nepis |
tipas |
|
- |
|
2 |
dieu |
siu(ni)- |
massani- |
Þ |
mahana- |
|
3 |
homme |
antu
sa- |
ziti- |
Þ | zita sida / sidi |
|
4 |
femme |
kuina-
|
wanati- |
| |
lada- |
|
5 |
père |
atta- |
tadi- |
Þ |
tedi- |
|
6 |
mère |
anna-
|
anni- |
Þ |
êni- |
|
7 |
fille |
DUMU.MUNUS
|
tuwatri- |
Þ |
kbatra- |
|
8 |
frère |
negna- |
nani- |
Þ |
nêni- |
|
9 |
soeur |
nega- |
nanasri- | |
- |
|
10 |
enfant |
DUMU | nimuwaza-
as(a)mi- titaimi- niwaranni-
niniwi(za)- |
Þ |
tideimi- |
|
11 |
grand-père |
a- |
a-
|
Þ |
χ uga- |
|
12 |
roi |
assu- |
antawati- |
Þ |
χ ñtawati- |
|
13 |
ville |
appira- |
mini- |
| |
wedri- / teteri- |
|
14 |
jour |
siwat- |
ali- |
Þ |
χ ali- ? |
|
15 |
sacré |
suppai- |
kummai- was
azza- / was
ai- |
Þ |
kuma- |
|
16 |
sacrifier |
sipant- |
sarlai- |
| |
kumezei- |
|
17 |
mourir |
ak- |
wal- |
Þ |
la- < *wla- |
|
18 |
grand |
sallai-
ura- ? |
ura- |
Þ | 'Oras (NP
) ora- / oura- |
|
19 |
long |
daluga(i)- |
ara/i- | |
- |
|
20 |
tout |
umant- |
tanama/i-
punati- |
| |
huwedri(-) |
|
21 |
celui-ci |
ka- |
za- |
Þ |
za- |
|
22 |
construire |
weda- |
tama- |
| |
pr ñnawa- |
|
23 |
mouton |
awi- et iyant- |
awi-
|
Þ |
χ awa-
|
|
24 |
année |
wet- |
us(s)a- |
Þ |
uha- |
|
25 |
placer |
da(i)- |
tuwa- |
Þ |
tuwe- |
|
26 |
terre |
tekan- |
tiyammi- | |
- |
Deuxième différence : le participe des verbes transitifs est formé à l'aide du
suffixe -mi-, et non de l'habituel suffixe indo-européen
-nt-. Cependant, ce -nt-, on ne peut pas
dire que le louvite l'ignore puisqu'il est utilisé pour les verbes
intransitifs.
Troisième point : l'absence de formation génitivale, comme telle, d'une
désinence pour le génitif, et le remplacement du terme théoriquement au
génitif par un adjectif de relation en -assi-, qui va devenir en
lycien -ahi-, et dans le lycien B, minoritaire au point de vue
des attestations, -asi- . Un tel adjectif s'accorde
évidemment avec le mot qu'il détermine. Autrement dit, au point de vue
de la structure, si je dois exprimer en louvite, et par la suite en lycien,
l'idée "le livre du maître", j'interprète, j'exprime "le livre magistral".
Si je dois dire "le dieu du ciel", je dirai "le dieu céleste".
Néanmoins, pour être complet et en dépit de cette grande stabilité de la
langue louvite, il faut constater que, au premier millénaire, le
génitif en -s (simple sifflante) - notre
-is latin si vous voulez ou le -as du hittite
classique - ce génitif apparaît progressivement avec des
anthroponyme
s et va devenir, en lycien, une simple
aspiration, -h.
Mais aussi, dans certaines inscriptions, nous voyons cette désinence appliquée
à de simples substantifs. Je renvoie à l'inscription plusieurs fois
étudiée par Hawkins
de Méhardé
ou Ma'harda (Sy.) si vous voulez. Ou aussi une inscription
telle que Kurc-oğlu
où nous avons
manifestement le mot "pays" qui est affecté du simple -s ou
génitif :
REGIO-ni-s MAGNA.REGINA
a-su-sa-ra-s
( udni-s )
"la reine du pays"
En plus, dans ces inscriptions, le mot MAGNA.REGINA, "reine", se dit
a-su-sa-ra-s(
), ce qui est assez étonnant;
asu-sara-, "reine", est
un mot comme tel nésite - vous l'avez sur la liste, au mot 12 - alors que
souvent, en louvite, le mot de la royauté est bâti plutôt sur
anta-wati-. Le
nésite
asu- signifie "le bien
né", le (L) natus, avec "N" majuscule. C'est une
racine indo-européenne. C'est la racine que vous avez dans le Latin
os, oris, ostium, "ouverture". C'est tout le vocabulaire
de la naissance. Tandis que dans le cas de
antawati- c'est l'idée
de "la première", la première place, "ante" en latin,
anti- en nésite et en
louvite.
En conclusion, le vocabulaire de la royauté, vous le voyez, n'est pas tout à
fait le même en louvite, lycien et nésite. Par contre, il faut
constater que dans plusieurs inscriptions il y a tout de même, parfois, un
terme - comme ici le mot REGINA, "reine" - où le mot exprimant l'idée de la
royauté est alors semblable à celui du nésite.
Autre considération : dans la flexion nominale, donc substantif et adjectif,
nous observons de façon générale, au pluriel du genre animé :
- le nominatif en -nzi, au lieu de -es.
C'est quand même un fait curieux ! C'est un fait isolé.
- et l'accusatif en -nza au lieu de la désinence
-us.
Enfin, la distinction entre verbes en -
i et en
-mi, qui est caractéristique du hittite / nésite, tout comme du
grec - les verbes en -mi et les verbes en
-ō - tout comme, à l'état
résiduel, du latin - le sum "je suis", et les verbes en
-o - eh bien! cette distinction n'apparaît pas en louvite.
La première personne du singulier du présent actif est en effet
en -wi, et en -
a pour le
prétérit. Et ces traits se maintiennent à travers les siècles
jusqu'au niveau du lycien. La conjugaison du lycien est en ce point
tout à fait conforme à la conjugaison louvite.
Les nouvelles lectures données aux signes hiéroglyphiques depuis 1975,
adoptées surtout à partir de cette date
, dont des cas typiques sont par exemple la "flèche" qui se lit
-zi, d'une manière générale, et nom -i bref comme
on le lisait, comme plusieurs d'entre vous dans cette salle l'ont encore
appris avec Emmanuel Laroche
. Ou la "flèche" soulignée deux fois, lecture -za et non
-i long. Un simple exemple parmi d'autres.
Eh bien! ces nouvelles lectures ont grandement contribué à démontrer la
grande stabilité de la langue louvite depuis le XVIe siècle, où les
témoignages sont essentiellement des témoignages à écriture cunéiforme
syllabique, jusqu'au début du VIIe siècle avant notre ère.
Ceci se voit à travers une documentation ininterrompue particulièrement
abondante dans le Sud/Sud-Est anatolien et en Syrie, depuis, je simplifie les
dates, les environs de mille jusqu'à 700 avant notre ère. Après cette
date l'araméen l'emporte et le louvite y agonise. Je précise, dans ces
régions orientales, Syrie et région Sud/Sud-Est.
Par contre dans le Sud-Ouest anatolien - c'est-à-dire dans ces régions qui à
l'époque gréco-romaine s'appelleront Pamphylia
, Pisidia, Lydia, Caria, Lycia - les sources épigraphiques autant
qu'archéologiques de type hittito-louvites restent, jusqu'à ce jour, muettes
pour la première moitié du premier millénaire.
Il faut attendre le Ve siècle, et bien sûr le IVe, pour voir en Lycie une
abondance d'inscriptions en langue indigène et écriture alphabétique - un
aspect particulier des alphabets grecs - qui nous révèle du louvite quelque
peu dilué mais néanmoins toujours du louvite, un état résiduel du louvite si
vous préférez. Et cela sous deux formes, j'y ai fait allusion tout à
l'heure : • le lycien
A, langue dans laquelle sont rédigées la grande majorité des inscriptions, et
• le lycien B.
Notez que sur un même lieu on peut trouver des documents dans ces deux formes,
dans ces deux dialectes si vous voulez. A Xanthos, par exemple,
vous avez une grande majorité d'inscriptions en lycien A mais il y en a aussi
en lycien B.
De plus, à côté de la Lycie, par exemple en Carie et en
Pisidie
, nous constatons, grâce aux découvertes et recherches récentes, que les
langues indigènes de ces régions sont issues vraisemblablement du groupe
louvite. Les grandes études menées ces dernières années sur le carien
et sur le pisidien - sur le pisidien on a 45 inscriptions exactement, brèves
en général c'est vrai, ce qui complique un peu l'analyse philologique - mais
ce que l'on a nous révèle, nous permet de rattacher plutôt ces documents au
groupe louvite.
Il y a également gros à parier que la langue "Cappadocienne" dont parlent les
auteurs gréco-latins - Strabon
par exemple - surtout si l'on se base sur l'anthroponymie cilicienne,
devait-elle aussi relever du louvite.
Une remarque semblable vaut pour le lycaonien
de l'époque apostolique. Quand Barnabé et Paul se font interpeller à
Lystres et dans les environs, ils se font interpeller non pas en grec
par la population locale, mais nous dit le texte grec du Nouveau Testament
, "L u k
a o n i s
t i
", [lukaonisti],
. Et le lycaonien est certainement une langue à rattacher à ce groupe
louvite.
Question d'anthroponymie cilicienne à laquelle je faisais allusion tout de
suite, voyez le taux d'anthroponymes indigènes révélé par les inscriptions
grecques de Tarse, de Korykos, d'Olba
, etc.., où vous avez des noms tels que, et j'écris au tableau quelques noms
assez significatifs comme par exemple :
[sarmapia],
[armapia],
[manapimi]. Voilà des noms propres portés par des rhabdouques, des
prêtres, dans ces cités, ces villes de Korykos,
d'Olba et bien d'autres.
Eh bien! ces termes évidemment ne sont pas grecs. Ils sont écrits avec
l'écriture grecque classique, mais ils ont une interprétation purement
anatolienne et plus spécialement louvite :
-
Sarma-pia signifie en fait "don (du dieu)
Sarruma", le grand dieu montagne cilicien; ce serait
sar-ru-ma-pi-ya en louvite du IIe millénaire.
-
Arma-pia, même chose, arma- est
le nom du dieu Lune. Ce sont deux noms théophores.
-
Mana-pimi correspond exactement au louvite
ma-sa-na-pi-ya-mi, égal, si vous transposez la structure en
grec authentique, au "theo-dotos" : massana- c'est "theo"
(voir mot
2, §5.1.2.1), et piyami, le participe du
verbe piya, "donner", et donc en grec
"dotos".
|
On remarquera ainsi l'extrême stabilité et la solidité de la langue louvite
vis-à-vis de langues concurrentes, à commencer par le nésite, comme je l'ai
dit, promu langue administrative de l'Etat hittite. Mais cette langue
nésite n'étouffa jamais sa cousine, ce qui était peut être une forme de
symbole de résistance au centralisme hattuséen, de Hattusa. C'est vrai
que la langue peut être - voyez à l'heure actuelle ce qui se passe dans le
monde - un symbole de résistance face à une idéologie quelque peu écrasante.
Il est certain que, sous le roi Muwatalli II
, celui-là même qui fit face
à Ramsès II , l'ancrage momentané des sphères de décision
hittites en pays louvite et notamment dans la capitale Tarhuntassa
, ancrage que, semble-t-il, d'aucuns auraient voulu définitif, ainsi que
l'action de la reine Puduhepa
, épouse de Hattusili III , qui emmène des scribes kizzuwatniens,
notamment ceux de Kummanni
, et qui les amène dans la capitale Hattusa. Ces éléments
ont dû jouer un rôle essentiel dans la promotion du louvite.
C'est, en effet, à partir du règne de Hattusili III
que la langue hittite se "louvise" : on commence à conjuguer des
verbes en louvite, on décline des substantifs en louvite, nominatif
pluriel en -nzi et non pas en -es, alors que le
texte est en hittite !
C'est aussi à ce moment que le poids de Kargemish dans
l'administration de l'empire s'amplifie : elle devient la deuxième ville de
l'Empire.
Il nous faut rester interpellés par le fait, qui n'est pas anodin, que
Tudhaliya IV, à Yalburt
près de Konya, fait rédiger en louvite une longue inscription à
caractère historique. Je veux bien qu'un élément d'explication serait
que Yalburt est dans une zone que nous voyons de plus en plus comme étant une
zone louvite, mais c'est quand même le roi hittite qui fait rédiger cette
inscription !
Et, fait encore bien plus troublant, son successeur
Suppiluliuma II, le dernier grand roi hittite et fils de
Tudhaliya IV
, fait établir dans la partie sud de Hattusa, ce lieu que l'on appelle
le Südburg
, une très longue inscription historique en louvite hiéroglyphique, une
inscription impressionnante et qui n'est pas en nésite !
La destruction de Hattusa ou son abandon - selon les "idées" du directeur
actuel de la mission allemande
- au bénéfice des régions méridionales sonnerait le glas du nésite / hittite
déjà chancelant, mais, a contrario, conforterait le louvite, ce que prouvent
de plus en plus les faits.
|
Et me direz-vous maintenant : "Quid des Louvites en Syrie ?". En Syrie
au sens ou nous l'entendons aujourd'hui ; ces distinctions sont évidemment
très artificielles pour l'Antiquité.
Pour l'heure, examinons l'inscription de Talmi-Sarruma
, fils de Telebinu
, roi de l'ancien royaume d'Alep, installé par ce monarque comme
premier roi vassal du Hatti. Bien sûr, il y avait des rois à Alep, mais
ce sont des dynasties sémitiques. Donc Suppiluliuma détrône la
royauté régnante et il met à leur place un fils, donc un pouvoir sûr mais à
profil hittite. Il va faire la même chose à Kargemish.
Alep /
alab
|
Eh bien! l'inscription de Talmi-Sarruma roi d'Alep est le document que
l'on pourrait, dans l'état de nos connaissances, considérer comme le document
louvite "syrien" le plus ancien connu, et qui, par ailleurs, constitue un
document particulièrement important.
premier document |
(photo © Elise Thirry) (clicker pour agrandir) |
Ü (A)
ce texte est disposé en boustrophédon
Þ (B) |
(clicker pour agrandir) L'inscription d'Alep
(voir
, p.19) |
Donc cette inscription - qui a été localisée à Alep dans le mur d'une mosquée
et qui est donc, apparemment, un matériau de réemploi - nous transmet la
dédicace par Talmi-Sarruma d'un lieu sacré, d'un temple, à la divinité
Hebat-Sarruma.
Vous constaterez que beaucoup de signes correspondent à des logogrammes que
l'on note aujourd'hui en latin et en imprimé, en capitale plus exactement
, sauf l'un ou l'autre terme, comme le premier mot, za-a, le
démonstratif louvite ici à l'accusatif neutre singulier.
logo- grammes
|
En latin, car il vaut toujours mieux, je le dis haut et clair, traduire le
hittite et le louvite en latin. C'est le meilleur moyen de ne pas trop
trahir le texte : TEMPLUM, voilà !
-
Donc za-a [zâ] et vous voyez
plus loin TEMPLUM, avec le complément déterminatif qui précède,
DEUS.PALATIUM = TEMPLUM, comme on l'aurait d'ailleurs en langue
latine.
-
On traduit : "Hepa-Sarruma", etc..
-
Il est MAGNUS SACERDOS (ligne B). Voyez,
comme on me le faisait remarquer ce matin, l'intérêt du signe pour "prêtre"
: c'est l'oreille
! Et la volute qui précède l'oreille c'est le signe hiéroglyphique
pour "grand". Donc "Telebinu grand prêtre"
!
-
Donc (ligne B) Talmi-Sarruma est 'un' fils,
"FILIUS
, de Telebinu, et vous voyez que ce qui est bien caractérisé pour
celui-ci, c'est sa fonction de "grand prêtre" !
-
AEDIFICARE : il a donc "édifier"
.
-
Et puis vous avez le personnage qui est le scribe,
c'est-à-dire celui qui a composé le texte et suggéré au lapicide de le
graver dans l'état où nous le voyons.(
).
Donc, voilà une première réflexion. Un document qui se situe à une
époque dont on peut élargir le rayonnement, sur le XIVe siècle avant
Jésus-Christ. Un document où nous avons, via le pouvoir hittite en
place, l'utilisation de la langue louvite pour une inscription dédicatoire
à une divinité qui est Hebat-Sarruma, la grande "déesse à
l'enfant". C'est une divinité que vous pouvez faire équivaloir au
concept chrétien de la Madone à l'Enfant.
Quelques remarques quant à cette présence des Louvites en
Syrie :
Sarruma c'est
"le dieu fils", un dieu montagne cilicien, qui est arrivé progressivement
en Syrie du nord. Hebat
, elle, est une déesse syrienne - cela ne veut pas dire qu'elle est
hourrite
comme on l'écrit souvent - qui va devenir localement l'épouse de
Teshub, le grand dieu de l'orage hourrite.
Quand Teshub est massivement adoré et introduit en Syrie, on va
lui associer une parèdre qui est la MAGNA-MATER, la MAGNA-DEA-REGIONIS,
"la grande déesse locale", qui s'appelle Hebat !.
Vous ne pouvez pas tirer de cela qu'elle est une divinité hourrite à
l'origine. Elle est syrienne. Elle est l'épouse de Teshub et
donc a un petit parfum de hourritisme, en Syrie, en Syrie surtout de
l'Ouest d'ailleurs; ce n'est pas tout à fait vrai vers l'Euphrate.
En d'autres lieux où les Hourrites sont bien implantés, on ne parle pas de
Hebat.
Deuxième remarque. Je signale donc que les
rois d'Alep connus sont Telebinu qui, lui, garde son nom de
naissance, qui est un nom proto-hittite, hatti(
). Lui succède Talmi-Sarruma qui est un nom propre, qui
signifie "Sarruma (est) grand". C'est un anthroponyme
hybride théophore : Sarruma, dieu cilicien,
talmi-, adjectif hourrite, "grand". Il a quelque
chose de cilicien et un élément terriblement hourrite. Lui succède
Halpa-ziti, ce qui veut dire "l'homme d'Alep" (voir mot 3, § 5.1.2.5.x).
Oui, ce roi a un nom typiquement louvite.
Troisième remarque. Les faits militaires ont dû affermir une
présence louvite en Syrie. Je ne parle pas ici des razzias, comme
celle de Mursili Ier
: les armées passent, brûlent tout, prennent le plus possible de
trésors qu'on met dans les chariots et "on rentre à la maison"
!
Ici je parle d'expéditions qui amènent une administration compétente, des
chefs militaires, des garnisons comme les légions romaines et qui
s'installent pour des années. C'est très différent. Alors ce
fait s'enclenche avec un monarque comme Suppiluliuma Ier, et il va
se renforcer avec un monarque comme son fils Mursili II, qui
va effectuer plusieurs campagnes en Syrie, et notamment être celui qui va
développer, fortifier, le royaume d'Astata et en particulier la
ville d'Emar
, et notamment, juste à côté d'Emar, au bord de l'Euphrate, la grande
citadelle qui semble bien avoir été construite par ce
Mursili II.
Et donc, les troupes hittites devaient comporter des sections louvites
nombreuses, émanant du Sud, du Sud-Ouest et de l'Ouest anatolien.
D'ailleurs, dans ses annales décennales, Mursili II précise
qu'après la défaite des pays d'Arzawa, que j'ai évoquée, et la
réorganisation qui suivit - dont, je le répète, un royaume de
Hapalla donné à Targasnalli, un nom louvite; un royaume de
Seha donné à Manapa-Tarhunda, etc.. - donc à ces pays,
précise le texte, "le roi Mursili II imposa par traité des
livraisons de troupes, et tous ces pays se mirent à lui livrer
régulièrement des troupes" (A III 29)
.
La situation de plus en plus tendue, en Syrie, entre l'Egypte et le Hatti
- une situation conflictuelle qui dure des années et des années, qui va
connaître un point d'orgue avec la bataille de Qadesh(
) - nécessita durant de longues années, ne le perdons pas de vue, la
présence en Syrie de troupes, probablement partiellement
louvites.
C'est le louvite Zitana - un nom drôlement louvite - qui commande
quatre-vingt-dix mille hommes d'infanterie dans la région du Nu
ašše
, et cela à l'époque amarnienne : les textes d'Amarna
sont fondamentaux pour toutes ces régions, ne l'oublions pas.
On ne peut manquer aussi d'être frappé par l'importance des éléments
louvites dans la coalition des armées hittites opposées à
Ramsès II. Si vous regardez : des gens du
Karkisa
, des pays Lukka, toutes ces régions envoient des contingents très
importants, et ces contingents proviennent de régions
louvitophones.
Nous avons évoqué la ville d'Emar, Astata, fatalement qui
est chère à la France vu les fouilles remarquables opérées dans les années
soixante-dix, ville où la présence hittite, avec ses fonctionnaires, ses
militaires, constituait bien une réalité du fait du régime de
"protectorat".
N'est-il pas significatif de voir dans les rituels, qualifiés
d'anatoliens à juste titre par Daniel Arnaud
, la prépondérance de divinités louvites telles que le dieu de l'orage
Tarhunt avec l'épiclèse
pi
aimmi
ou pi
assassi ou pudalimi - tous des
participes ou participes adjectifs qui qualifient un aspect
du dieu de l'orage - et tous ces mots sont louvites.
Et à coté de ce Tarhunt aux épiclèses louvites nous voyons le dieu
Santa, le grand dieu de Tarse, dieu terrible d'ailleurs qui
va donner Sandōn à
l'époque grecque. Sur les monnaies tarsiotes vous avez plusieurs
représentations de ce dieu. Ou encore la divinité Handasima.
Çà et là dans les textes émariotes apparaissent des anthroponymes louvites
tels que Arma-nani, ou Arma-tali - je prends
une lecture un peu différente de celle d'Arnaud - ou
a, monsieur
"grand-père".
Puisque nous parlons d'anthroponymes, nous pouvons encore évoquer, pour
Kargemish, les noms de quelques officiels à l'époque
d'Ini-Teshub
, roi de Kargemish, qui, lui, porte un nom bien hourrite. Mais
autour de lui les hauts fonctionnaires s'appellent Arma-ziti,
"l'homme du dieu Lune", il est "prince", ce qui ne veut pas dire qu'il est
de sang royal. Les Hittites octroient des dignités style "prince" à
des gens qui ont bien mérité de l'Etat hittite; on va anoblir quelqu'un
pour "bons services rendus" à l'Etat. Il y a Tarhulina, qui
porte le titre de "qartappu"
, il y a encore Zuzzulu qui est "qartappu", il y a
Pihaziti, l'homme de l'ictuaire, de la foudre. Tous des noms
louvites portés par ces personnages entourant ce roi
Ini-Teshub.
Un autre type de présence en Syrie, et cela du XIVe au XIIe siècle, émane
de groupes de personnes venant de Cilicie - de cette Cilicie bien louvite
- et qui s'établissent partiellement ou de façon durable en Syrie.
Il y a le cas, significatif, des gens du port de Ura, près de
Silifke, qui sont d'abord des travailleurs saisonniers, qui font
ensuite de bonnes affaires et qui vont acheter des biens immobiliers à
Ougarit et parfois s'établir définitivement dans la ville, au point
qu'ils cassent les prix du marché immobilier.
Et le roi d'Ougarit va écrire au grand roi hittite et non pas au
roi de Kargemish responsable des affaires syriennes : "où va
t-on ? Les vrais Ougaritains vont être ruinés par les gens qui viennent de
la région de Ura,". Donc, le rôle joué par les ports ciliciens
est une piste en ce qui concerne l'accroissement de la présence de
populations de culture et de langue louvite dans le monde
syrien.
Entre l'an mille et sept cents av. J.-C., la Syrie constitue le grand
réservoir de documents louvites avec écriture hiéroglyphique.
En tête, et vous l'aurez deviné, nous avons bien sûr la ville de
Kargemish, à la longue histoire, et qui, avec la dislocation de
l'empire hittite
, s'impose à la première place. La langue, la culture y est en
grande partie louvite, situation qui sera favorisée par le recul accentué,
voire précipité, du hourrite.
C'est un des grands mystères : pourquoi le hourrite, cette langue qui a
été si importante dans bien des domaines et notamment dans les régions de
l'Anatolie méridionale - je songe au Kizzuwatna, je songe à cette
grande ville sanctuaire de Kummanni (
) où le hourrite était chez lui - alors pourquoi tout d'un coup cet arrêt
? Pourquoi dans des régions où le dieu de l'orage était nommé
Teshub, on n'avait plus Teshub, comme par enchantement, mais
on va le réappeler Tarhunt. Donc il reprend le nom louvite, le nom
antérieur à la mode de hourritisation.
Donc il y a Kargemish, qui est tout un monde, et il serait
souhaitable que l'on puisse poursuivre les fouilles entamées, en
particulier avec beaucoup de bonheur, au début du XXe siècle.
Alep ! où des fouilles doivent aussi s'amplifier. Alep ne
doit pas être oubliée pour l'époque néo-louvites, c'est-à-dire au premier
millénaire, si l'on en juge par certaines inscriptions.
Il y a bien sûr l'inscription de la remarquable stèle biface dite "Alep
2", qui doit dater des environs de 850.
En fait, ce n'est pas une inscription qui a été trouvée
nécessairement à Alep. Elle est de provenance inconnue mais
elle est conservée au Musée d'Alep
. Voilà toute la nuance et il faut toujours rester prudent.
Il semble néanmoins qu'elle serait originaire de ce royaume, mais cela ne
veut pas dire de la ville même.
Dans cette inscription, soulignons au passage la mention des dieux
suivants :
-
Tarhunt dieu de l'orage, avec une dénomination
louvite, son aspect particulier de "Tarhunt du ciel";
-
le dieu Lune de
arran;
-
"le Soleil" ;
-
Kubaba, la grande déesse de Kargemish, la déesse
reine de Kargemish
-
et le dieu Yaya ( il y a plus que des problèmes
avec cette divinité, donc je ne vais pas ici essayer de préciser son
aspect ).
Trois monuments trouvés à Babylone - il y a une stèle, si mes
souvenirs sont bons, des bases avec inscription
, des bols, des coupes - constituent des dédicaces au dieu de l'orage
d'Alep. En fait, ces trois documents, si on les a trouvés à
Babylone c'est parce qu'ils constituaient un butin de guerre.
Lorsque Alep est prise
, il y a donc de la part des Assyriens et ensuite des Babyloniens des
razzias qui sont opérées dans ces régions et tout un butin de guerre est
transféré, notamment à Babylone. Et c'est comme cela qu'on a retrouvé
là, comme dans d'autres villes, Assour, Persépolis,
etc.. , ces objets qui proviendraient notamment d'Alep, pour les objets
que je viens de citer.
Le royaume de Hamath
occupe une place toute spéciale. A l'heure actuelle :
-
sept inscriptions proviennent de Hamath même
;
-
Une provient de Méhardé, dans les environs, et
est conservée à Istanbul
;
-
Une autre provient de Sheizar, village à coté
de Méhardé, dont un morceau est à Hamath et l'autre à Beyrouth
;
-
Une stèle provient d'Apamée
et fut trouvée lors des fouilles belges effectuées par Mayence
qui, dans les années trente, a découvert une très belle inscription et
aussi fort intéressante. Cette inscription offre un contenu
semblable à celle de Restan
ou encore, partiellement, à celle de Hines
Ces inscriptions hamathéennes, d'Apamée, de Restan et
d'autres lieux, se réfèrent très souvent au roi
Ur
ilina, roi de
Hamath à la fin du VIIIe siècle et père d'Uratami.
Elles constituent des dédicaces de ce roi en particulier pour
la grande déesse Balat dont le nom est noté, c'est intéressant,
presque toujours de la manière suivante.
Vous y voyez :
le royaume de Hamath
Balat
|
-
le signe de l'œil, qui désigne la divinité, mais
comme c'est une déesse nous lirons DEA et non pas
DEUS.
-
Et puis vous avez Pa-
a-la-ti-
et la désinence -s pour un nominatif,
-a pour le datif et -n pour
l'accusatif, pour prendre les cas qui sont attestés.
-
Remarquez le signe -
a, qui
équivaut à un "ayn", [rhajin]. Là il y a une invention, un
artifice de scribe, pour faire équivaloir comme dans le cunéiforme.
Ainsi à Mari
et dans d'autres sites le signe cunéiforme -
a est utilisé
pour noter le "ayn"
. Et donc le même fait est utilisé ici, mais avec le signe
hiéroglyphique, qui équivaut alors au "ayn".
l'œil ...
|
Il est intéressant de voir que cette grande déesse sémitique est
désignée dans des inscriptions en louvite. Vers 700 av.
J.-C., on est là dans les dernières attestations du louvite en
Syrie. Et nous y voyons la place réservée à une grande déesse
"reine", "la maîtresse". Mais alors qu'on maintient le nom en
sémitique, ce qui montre l'impact sémitique, d'autre part
l'inscription continue d'être rédigée en louvite.
D'autres sites syriens ont révélé des documents louvites
hiéroglyphiques. Il y en ainsi :
-
à Iskenderun
,
-
à Jisr el-Hadid sur l'Oronte où nous avons
un nom divin fort intéressant. Dans une inscription
fragmentaire, mais il y a là le nom divin de
dTu-ta-ya-s !
-
à Tell Ta'yinat, près d'Antakya
, nous avons huit inscriptions, maintenant à Chicago.
-
Vous voyez, les noms de ces sites - je vais vous
épargner leur énumération, il y en a 6 ou 7 - ces noms ne
signifient pas qu'il n'y a qu'une seule inscription. Et sur
certains sites, il y a parfois 5, 7 ou 8 inscriptions comme pour
Tell Ta'yinat.
autres inscriptions
(d = DEUS) |
Et je vois qu'il est cinq heures moins le quart. Respectons
l'horaire. Cela fait juste une heure, HORA EST ! Par
cette petite promenade dans le monde louvite, évidemment je ne vous
ai pas parlé de la religion - vous vous imaginez l'immensité de ce
domaine! - je me suis simplement efforcé de vous tracer quelques
lignes de force et surtout de vous montrer, en référence à
l'introduction et à notre plan, combien un des faits majeurs dans la
recherche historique / archéologique, qui s'étale entre 1950 et le
XXIe siècle, est constitué par l'apport louvite.
Il faut bien dire que cet apport est loin d'être terminé.
Nous sommes ici à un TERMINUS A QUO, "à partir duquel",
AEDIFICANDUM EST. Il faut édifier, beaucoup, non pas
des théories parce qu'elles sont faites pour s'effacer de suite,
mais acter des faits, les enregistrer et voir ce qu'ils signifient
en interaction avec les autres civilisations qui entouraient tel
document louvite, à telle ou telle époque.
· Acter,
· Enregistrer,
· Comparer. |
Je vous remercie.
|
Index
Il y a un index pour le présent document.
Vous l‘obtiendrez en clickant sur le mot Index. Considérez
le comme une liste de mots de référence. Une fois
chargée, vous pouvez pratiquement fermer votre modem et lire
paisiblement le texte "off-line", seuls deux pages secondaires
seront mnquantes. Pour un meilleur détail ou pour des
mots qui ne s'y trouvent pas repris, il vous est conseillé
d'utiliser la fonction Editer / Rechercher du
Menu principal de votre Browser, qui, visuellement, vous sera
extrèmement utile.
Une bibliographie récente est accessible dans
Souček & Siegelova, particulièrement dans les sections
:
3.3 Hethitische / Luwische
Hieroglyphen. 33.2 Inschriften.
957.3 Hethitische Stempelsiegel und
Zylinder. |
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