L'ASSYRIE

X (Esagil)


PLAN :


I.  

1. - La Cité-Etat d'Assur

Malgré le fait que quelques villes commerciales importantes, telles qu'Assur/ et , aient été fondées dans la région, l'e ne devint que tardivement un royaume organisé.
   La liste royale assyrienne nomme d'anciens "rois vivant sous la tente", aux noms énigmatiques, réminiscences d'un temps où l'écriture n'était pas répandue en Assyrie, et visiblement le nomadisme dominait.   Mais pour le moment, l'Assyrie n'est encore que la Cité-Etat d'Assur.   La région est réunie autour du culte de sa divinité, Assur, et la cité était dirigée par son grand prêtre, "vicaire" du dieu Assur (ishi'ak Assur), qui était en fait le vrai roi (sharru).   L'ordre assyrien est ainsi basé sur la religion, et il restera ainsi jusqu'à la fin, malgré les nombreuses années qui passèrent et les nombreux changements qui se produisirent.   Une assemblée d'Anciens semble avoir un pouvoir important dans la cité d'Assur, tout comme le magistrat éponyme (limmu), qui siège à l'Hôtel de Ville (bît âli).   Le pouvoir royal est probablement contrebalancé par ces autres pouvoirs, et ce n'est que petit à petit qu'il gagnera plus d'autorité.

Assur était alors, sur le plan international, une puissance très faible face aux grands royaumes qui commençaient à se former à Sumer et Akkad.   Ainsi, les souverains d'Akkad, puis ceux d'Ur soumirent Assur.   A la fin du XXIè siècle, après l'effondrement du royaume d'Ur, le souverain assyrien fonda la première dynastie assyrienne.   Mais le pays semble être resté une puissance secondaire, peu avancé, ne nous ayant livré que peu d'inscriptions royales.   La seule vrai importance de d'Assur à cette époque-là est en fait sur le plan commercial.

2. - Les karûn assyriens en Cappadoce

Aux XIXè-XVIIIè siècles, les Assyriens de la dynastie de Puzur-Assur implantent des comptoirs commerciaux en Anatolie, les karûn (on trouvera aussi quelquefois wabârtum).   Le site principal de ces établissements est la ville de , une citadelle de forme circulaire située en Cappadoce, sur le site de , la plus grande ville de la région à l'époque.   On y a retrouvé plus de 20 000 tablettes écrites en assyrien.   Il s'agissait du karûn le plus important, mais il en existait d'autres à Zalpa, , , , ainsi qu'à .

Le karûm de Kanesh

Les colons Assyriens vivaient dans les karûn en famille.   Les villes comprenaient un quartier assyrien a côté du reste de la cité habité par les indigènes.   Les habitants sont surtout des marchands, et leur maison est organisé en fonction de ce travail : à côté de la partie où on vit, on trouve généralement un bureau et un entrepôt.   Les colons restent sujets du roi assyrien, bien que les cités anatoliennes soient indépendantes, avec leur propre roi à leur tête.   Le but des Assyriens étant le commerce, les karûn étaient donc avant tout des comptoirs, et non des colonies.   Ils passaient des accords avec les souverains locaux, qui fixaient les taxes commerciales, et accordaient quelques avantages au pouvoir local (sur certains produits de luxe notamment, ainsi qu'un droit de préemption), en échange de leur protection, et du droit des colons de conserver leur propre juridiction.   Grâce à leurs moyens supérieurs à ceux des marchands locaux, les Assyriens décidaient des prix pratiqués, des taux de crédits et détenaient le pouvoir économique en Anatolie,.   Le système était organisé autour du karûn central, celui de Kanesh, qui détenait le pouvoir administratif, par le biais du bît kârim, la chambre de commerce, qui joue aussi un rôle juridique, et de karûn secondaires (plus d'une vingtaine).   Le karûn de Kanesh dépendait lui-même de l'Hôtel de Ville d'Assur (le bît alim).

Tablette retrouvée à Kanesh avec un fragment de son enveloppe

L'installation de ces comptoirs était avant tout faite pour contrôler le commerce du cuivre, dont l'Anatolie est très riche, alors que la Mésopotamie en est dépourvue.   Les Assyriens importaient l'étain (venu du Zagros), très cher en Anatolie comparé à l'Assyrie, qui va ensuite servir à la fabrication du bronze sur place, et dégager grâce à sa cela un important bénéfice.   Ils achetaient aussi de la laine, qu'ils renvoyaient en Assyrie, et vendaient en retour des tissus fins en Anatolie.
   Le commerce était organisé par des familles (au sens large) de riches marchands (tamkâru), qui dirigeaient le système des caravanes qui accomplissaient les 1 500 kilomètres séparant l'Assyrie de la Cappadoce.   A Assur, on confectionne les étoffes destinées à l'exportation, et le père de famille dirige la firme, s'occupant des aspects financiers et de l'organisation de la caravane.   En Anatolie, son fils aîné (ou plusieurs de ses fils) gère(nt) les affaires au niveau du karûn.   Toute le famille est impliquée dans l'entreprise, jusqu'aux femmes, dont certaines ne se contentent pas de la confection des tissus, mais se font aussi femmes d'affaires.   Si l'entreprise est importante est bien organisée, des membres de la famille s'occupent eux-même de la conduite de la caravane, alors que d'autres se trouvent dans plusieurs karûn dans toute la Cappadoce.

Ce système remarquablement organisé a permis aux Assyriens de réaliser d'importantes opérations commerciales pendant près de deux siècles, jusqu'à ce que des changements politiques, en Anatolie comme en Assyrie.   L'expérience sera reprise sous le règne de Shamshi-Adad I, roi de la Haute-Mésopotamie, au début du XVIIIè siècle, mais elle sera de courte durée.   Le karûn de Kanesh sera même brûlé peu après.

3. - Assur dominée

Le Proche-Orient amorrite (Amurru)

Après la mort de Narâm-Sîn, la dynastie de Puzur-Assur prend fin.   C'est aussi à ce moment que le premier karûn de Kanesh s'arrête.   Après le règne d'Erishum II, le pays est envahi vers 1805 par Shamshi-Adad, le roi d' (au nord ? d'Assur), qui fonde le Royaume de Haute-Mésopotamie.   Il place ses deux fils Ishme-Dagan et Iasmah-Adad sur les trônes d'Ekallâtum et de Mari, se réservant le droit de surveiller leurs actions depuis sa nouvelle capitale, (Tell Leilan; voir carte=Tur-Abdin).

De par son prestige, les Assyrien intègreront Shamshi-Adad sur leurs listes royales.   Mais il n'était en aucun cas un Assyrien.   A sa mort, son fils Ishme-Dagan continue à régner sur la région autour d'Ekkalatum, Assur comprise.   Son règne est long et très difficile, et il ne doit son maintient qu'à l'aide que lui apporte le roi de Babylone Hammurabi.   Il semble que ce dernier profite de la situation pour faire reconnaître sa souveraineté sur le nord de la Mésopotamie.   Mais comme son royaume s'effondre peu de temps après sa mort, la domination babylonienne reste courte.   Les Assyriens retrouvèrent leur indépendance peu après, sous Adasi, et restent une puissance mineure.

Au XVIè siècle, un nouvel adversaire apparaît en Syrie : il s'agit des Hurrites du royaume du Mitanni.   Ils marchent sans difficulté vers la Haute-Mésopotamie, et font tomber Assur, qui devient leur vassale.   Durant la domination , qui dura plus de deux siècles, les Assyriens tentèrent de se révolter.   Vers le début du XVè siècle, le roi mitannien Saustatar réprime une révolte d'Assur, et pille la ville.   Les Assyriens ne sont donc pas en mesure de résister à leurs maîtres.   Mais il est probable que la domination n'ait pas été très lourde.


II.

4. - La libération

Le Proche-Orient à l'époque médio-assyrienne

La situation va évoluer après les conflits opposant les grandes puissances.   Si le Mitanni réussit à contenir l'avancée Egyptienne au Levant au XVè siècle, avant de s'allier à ce royaume.   Au début du XVè siècle, Suppiluliumas, roi des Hittites, bat Tushratta, le roi du Mitanni, et pille sa capitale Washshukanni.   Après cette offensive, les s sont considérablement affaiblis.   Le pays est en crise, Tushratta est assassiné, et en guerre civile.

Assur-uballit, roi d'Assyrie, va profiter de la situation pour s'émanciper de la tutelle , et décide d'apporter son soutien à un des deux prétendants au trône du Mitanni, tandis que l'autre est soutenu pas Suppiluliumas.   A la mort de ce dernier, Assur-uballit va prendre en main les opérations, et écartera les deux prétendants, provoquant la division du Mitanni en deux Etats fantoches aux mains d'un côté du Hatti, de l'autre de l'Assyrie.
   Assur-uballit est un souverain brillant et intelligent, qui ne tarde pas à s'affirmer comme le souverain d'un royaume puissant, malgré sa libération récente.   Il noue des contacts avec le pharaon d'Egypte, avec lequel il traite déjà d'égal à égal.   Cette situation n'est pas sans inquiéter les voisins des Assyriens.   Les Hittites, bien qu'accaparés par leur lutte contre l'Egypte (qui finira en une alliance conclue après la bataille de Qadesh opposant Ramses II et Muwatallis en 1286), auront à faire face à un rival très turbulent.   Et les s qui règnent à Babylone ont désormais un adversaire direct pour le contrôle de la Mésopotamie, et seront donc forcés de sortir de leur neutralité pour faire face à cette nouvelle menace.   Assur-uballit a ainsi magistralement redressé la situation, et fait de l'Assyrie, jusqu'alors simple vassal du Mitanni, une puissance sur laquelle il faut compter.

5. - L'affirmation de la puissance assyrienne

Après trois siècles de calme, la Mésopotamie va de nouveau être le cadre de conflits, opposant le grand royaume du nord, l'Assyrie, à celui du sud, Babylone.   C'est le début de l'opposition entre ces deux puissance, qui durera jusqu'à la fin du VIIè siècle.   Assur-uballit avait donné sa fille en mariage à Burna-Buriash II de Babylone, et ainsi, à la mort de ce dernier, son petit-fils devait régner sur l'illustre cité.   Mais les notables de la cour babylonienne ne l'entendaient pas ainsi, et assassinèrent le successeur.   En représailles, Assur-uballit envahit le Sud, et plaça sur le trône de Babylone un roi qu'il a lui-même choisi.   Mais ce dernier n'hésitera pas à attaquer le successeur du roi assyrien, Enlil-nirari, rétablissant ainsi l'équilibre des forces entre les deux royaumes.   Le souverain assyrien suivant, Arik-dên-ili, fait face à des attaque de nomades, signe que les frontières de l'Assyrie ne sont pas encore sûres.

Adad-nirari, qui règne au début du XIIIè siècle, doit lutter contre les Babyloniens au sud, mais aussi contre les révoltes des royaumes situés sur l'ancien territoire du Mitanni.   Mais il sort à chaque fois victorieux.   La tension est grande face aux Hittites, envenimée par des affaires diplomatiques (refus d'envoi de dons, humiliation d'ambassadeurs).   Face à l'Assyrie, ces deux adversaires tentent de s'allier, mais les contacts n'aboutissent à rien de dangereux pour Adad-nirari.   Les Hittites de Muwatalli, affaiblis par des années de guerre contre l'Égyptien Ramses II, se font moins menaçants.    Pourtant, peu après sa montée sur le trône, fait face aux mêmes adversaires, et il est vaincu par les Hittites dans un premier temps.   Mais il se reprend, et défait une coalition de Hittites et de à son tour, avant de lancer des offensives au nord et dans le Zagros occidental.   C'est à ce moment-là que le royaume du Hanigalbat est soumis à l'Assyrie.   Adad-nirari avait déjà envahi le pays après la rébellion de son roi Wasashatta.   Salmanazar profite de sa victoire pour nommer un grand vizir (sukkallu rabû) sur le Hanigalbat et l'ouest de son royaume.   C'est son fils Tukulti-Ninurta I qui achèvera le royaume .

Tukulti-Niburta I en train de prier

Tukulti-Ninurta I (1244-1208), est l'un des souverains les plus brillants de cette période.   Il attaque d'abord les régions au nord de son royaume, vers les pays d'Alzi et de Naïri.   En représailles contre cette attaque qui menace ses intérêts, le roi Hittite Tudhaliya IV impose un blocus économique contre l'Assyrie avec le soutient de ses vassaux.   Mais il n'y a pas de conflit entre les deux royaume.   Le second front où Tukulti-Ninurta doit combattre est la Babylonie.   Le roi Kashtiliash IV a profité des campagnes au Naïri pour attaquer le sud de l'Assyrie.   Le roi assyrien réagit, et défait son adversaire avant de s'emparer de sa capitale.   Cette victoire brillante est célébrée dans l'Épopée de Tukulti-Ninurta, un texte tout à la gloire du souverain.   Une tentative de domination de la Babylonie par l'intermédiaire de rois vassaux est tentée, mais elle échoue face aux attaques des et les révoltes.   Après sa victoire à Babylone, Tukulti-Ninurta a fait bâtir Kâr Tukulti-Ninurta ("Fort Tukulti-Ninurta"), une ville consacrée à sa gloire.   Mais, après les échecs en Babylonie, le roi fut renversé et tué par son fils Assurnasirpal en 1208, et le royaume tomba dans une guerre civile qui l'affaiblit considérablement.

Au sortir de la guerre civile, c'est un autre fils de Tukulti-Ninurta, Assur-nadin-apli, qui monte sur le trône.   Après le règne d'Adad-nirari III, le souverain Enlil-kudurri-usur entre en guerre contre Babylone.   Il est défait, et fait prisonnier par son adversaire Adad-shum-usur.   S'ensuit une crise, qui voit la montée sur le trône d'un souverain illégitime, Ninurta-apil-Ekur vers 1192.   De son règne et de celui de son fils Assur-dan, qui occupent une grande partie du XIIè siècle, on ne sait presque rien.   Peu de temps après, en 1160, l'Élamite Shutruk-Nahhunte abattait la dynastie à Babylone, avant que son fils Shilhak-Inshushinak ne menace l'Assyrie, en s'emparant du Zagros Occidental, puis en remontant jusqu'à Arrapha ().   Mais il ne put aller plus loin, car les Babyloniens se révoltèrent et le chassèrent, avant d'aller vaincre l'Élam sur son territoire en 1130, éloignant définitivement cette menace de l'Assyrie qui, en crise, aurait eu du mal à y résister.   Ce n'est qu'avec le règne, Assur-resh-ishi, qui débute vers 1132, que l'on connaît plus d'évènements.   Il a mené des campagnes victorieuses au Zagros et en Babylonie, et a vaincu des Araméens qui se font de plus en plus dangereux.  

6. - Le royaume médio-assyrien

Dès l'époque médio-assyrienne, on trouve de nombreuses caractéristiques de la future administration du grand Empire assyrien du Ier millénaire.   Le roi exerce déjà un pouvoir très fort, qui varie en fait selon sa personnalité.   L'idéologie royale se constitue au cours de cette période, autour des succès militaires remportés par les souverains, qui abandonnent leur rôle de simple roi d'une cité pour avoir des prétentions plus grandes, et se proclament "grand roi" (sharru rabiu) ou "roi de la totalité" (shar kissati).   Ils font le récit de leurs victoires dans des inscriptions de plus en plus longues et détaillées, avant que Teglat-Phalazar I ne reprenne le principe des Annales royales, hérité des Hittites.
     Le roi est assisté de ministres (sukkallu), tandis qu'un intendant (abarakku) a la charge du domaine royal.   Le territoire est divisé en provinces (pâhatu), dirigés par des gouverneurs, les shaknu ou bêl pâhati, ou encore un terme synonyme des deux autres, hassuhlu, hérité de la titulature du Mitanni, qui disparaîtra rapidement.   La période médio-assyrienne a livré plusieurs corpus de textes témoignant de l'administration des territoires conquis, à Dûr-Katlimmu (Tell Sheikh Hamad), Qattara (Tell Rimah) ou encore Kâr-Tukulti-Ninurta (Tulûl al'Aqar).   Les archives de Dûr-Katlimmu montrent la manière avec laquelle les Assyriens ont organisé l'espace agricole de la vallée du Khabur.
   La province occidentale du royaume, le Hanigalbat, est placée sous l'autorité du premier ministre (sukkallu rabiu) sous le règne de Salmanazar I, et à partir de ce moment là une lignée s'y installe de manière dynastique.   De cette même manière, les territoires nouvellement conquis étaient confiés à des "maisons" de l'entourage royal, comme la famille d'Urad-Sherua qui gouverne un temps la ville de Nakhur dans le bassin du Khabur.   Les grandes lignées de la noblesse assyrienne se constituent ainsi de vastes domaines, comme l'attestent certains lots d'archives retrouvés à Assur (par exemple ceux du chancelier Babu-aha-iddina) Des inspecteurs royaux, les qîpûtû, sont chargés de surveiller les administrateurs des provinces et le prélèvement des impôts.   Les rab âlani ("chefs de villes"), percevaient les impôts dans les grandes villes, tandis que les hazânû ("maires") exerçaient cette fonction dans les villages, en plus d'autres attributions judiciaires.   A la tête des communautés locales étaient placé un conseil d'Anciens.
   

7. - Le recul au XIè siècle

La fin du IIè millénaire est une période de grands bouleversements.   L'invasion des "peuples de la mer" met fin à l'Empire Hittite, et affaiblit considérablement l'Égypte, qui n'est plus en mesure d'intervenir au Levant.   En Syrie, les Mushki, les Alahmu, mais surtout les Araméens apparaissent, et progressent dangereusement vers l'est, en direction de l'Assyrie, et de la Babylonie.   En Iran, les Mèdes et les Perses s'installent autour du lac d'Urmiah.   En Palestine, les Israëlites s'implantent.   L'Élam n'est plus qu'un royaume divisé et endormi, alors que l'Assyrie, bien qu'affaiblie, conserve une certaine puissance, et que Babylone résiste encore.
     En 1115, Teglat-Phalazar I monte sur le trône assyrien.   Bien que les nouveaux peuples se fassent de plus en plus pressants, ils ont toujours étés repoussés par ses prédécesseurs.   Le nouveau souverain se montrera très entreprenant.   Il défait d'abord les tribus de Mushki qui se montraient menaçantes, repousse les Araméens, et va piller les territoires situés au nord de son royaume.   Puis il avance en Syrie, et soumet les peuples phéniciens du Liban au bord de la Méditerranée.   Après ces victoires à l'ouest, il attaque Babylone, où il est repoussé.  

Cette série de succès sera la dernière que connaîtra l'Assyrie avant plus d'un siècle.   A partir de 1077, date de la mort de Teglat-Phalazar I, les Assyriens ne vont cesser de reculer, face aux Araméens surtout.   Déjà ce roi avait connue une fin du règne chaotique du fait des ces attaques, et avait perdu une grande partie de ses conquêtes.   Peu à peu, les Araméens vont parvenir à s'implanter à proximité de l'Assyrie, limitant le royaume aux régions entourant les villes d'Assur, de Ninive, et d'Arbélès.   Babylone sera elle aussi assaillie non seulement par les Araméens, mais aussi les Chaldéens, et le pays connaîtra une période très difficile, durant laquelle le pouvoir passera en de nombreuses mains.   En Assyrie, au contraire, la lignée est conservée, et les rois arrivent tant bien que mal à contenir le hordes d'envahisseurs.


   

III.

8. - La contre-attaque

Les royaumes araméens et le Levant au début du Ier millénaire

La situation ne changera qu'en 911, date à laquelle Arad-nirari II devient roi d'Assyrie.   Avec lui commence la période de renouveau du royaume, qui repart à la conquête des territoires voisins.   Cette date marque le début de la période dite Néo-Assyrienne, qui s'achèvera en 609 à fin définitive de l'Assyrie, et qui est la plus prestigieuse de cette nation.
     Le nouveau souverain commence d'abord par vaincre les tribus araméennes qui avaient pris la Jazirah (à l'ouest), redonnant de l'espace à l'Assyrie qui commençait sérieusement à en manquer, avant d'aller attaquer les royaumes des montagnes du nord, avant de finalement vaincre les Babyloniens.   Il s'empara ainsi de territoires au Zagros.   Son fils Tukulti-Ninurta II poursuivit son oeuvre, et réussit à asseoir encore plus la domination des Assyriens sur les araméens de la Jazirah.

9. - L'expansion

Statue d'Assurnasirpal II

Assurnasirpal, souverain suivant, fut le souverain énergique qu'il fallait pour poursuivre la conquête des pays voisins.   Dès sa montée sur le trône en 883, il lance d'abord des attaques au nord, avant de s'attaquer aux Araméens de l'ouest.   Il défait les royaumes du Bît-Adini et du Bît-Agusi, après avoir soumis Suhu et Laqê, plus au sud, à la limite du désert Arabo-syrien.   Il s'attaque ensuite aux royaumes Néo-hittites d'Anatolie, Karkemish, Kummuh et Gurgum, alliés des Araméens, et reçoit le tribut des états phéniciens, sa domination atteignant ainsi la Méditerranée.   Pour assurer la solidité de son royaume, il bâtit des forteresse sur les nouveaux territoires, avant de bâtir une nouvelle capitale dans l'ancienne cité de Kalakh (au sud de Ninive).   Souverain aux méthodes violentes, il aura introduit les principes d'expéditions punitives, à buts lucratifs (pour recevoir un tribut), les massacres de milliers de vaincus, jusqu'aux civils.   Grâce à son oeuvre, l'Assyrie est devenu un état très puissant, disposant de moyens considérables dans un monde qui sort du chaos.   Mais les états soumis disposent encore d'une certaine autonomie, et s'il ne sont pas régulièrement "visités", ils s'émancipent vite.   Malgré sa puissance, le souverain assyrien a encore certaines difficultés à se faire respecter.

Ces carences vont se révéler coûteuses sous le règne du fils d'Assurnasirpal, Salmanazar III, qui prend le pouvoir en 858.   S'il est très entreprenant comme son père (voire plus), la réussite n'est pas toujours au rendez-vous.   Grâce à sa puissante armée, il va dévaster les pays de l'ouest, avant tout pour les piller, et obtenir plus de richesses.   Mais plus il s'avance, plus il éprouve des difficultés.   Les royaumes plus éloignés sont en effet d'un autre gabarit que les voisins direct, et sont surtout prêts à l'affrontement, tandis que dans tous les pays soumis aux offensive assyriennes, laissés trop autonomes, un esprit de résistance acharnée se développe.   Salmanazar éprouve ainsi de grandes difficultés à s'emparer de Til Barsip, la capitale du Bît-Adini, pour anéantir ce royaume.   Il rebaptisera la cité Kâr-Salmanazar (Fort Salmanazar), et en fera une place forte sur l'Euphrate.   Peu de temps après, en 853, il subit une défaite cuisante à Qarqar, sur l'Oronte en Syrie centrale, face à une coalition rassemblant les rois de Damas, des cités de Phénicie, d'Israël, d'Ammon, venus soutenir le souverain d'Hamat face à la menace assyrienne, qui les lie tous.   Pour se remettre de cet échec, il va soutenir le souverain de Babylone face aux Chaldéens peu après, puis retente de forcer le passage vers l'ouest, une nouvelle fois sans succès.   Il ne retrouvera la victoire qu'en 841, quand il vaincra le roi de Damas, et ses alliés, anciens vainqueurs de Qarqar.   Mais il ne réussit pas à rester à Damas, et son règne s'acheva piteusement lorsqu'il confia le trône à son fils Shamshi-Adad V, qui dut faire face à une révolte d'un de ses frères.

10. - Les temps difficiles

Cette révolte, due aux contestations face aux grands notables de la cour, qui empiétaient sur le pouvoir du roi et s'accaparaient les bénéfices des victoires, fut matée tant bien que mal, et le pays ne s'en sortit qu'avec la perte des territoires de l'ouest.   Shamshi-Adad restera alors prudent, et son seul coup d'éclat sera de vaincre le roi de Babylone, qui pourtant l'avait soutenu durant la crise, jetant encore plus le trouble dans cette région, qui désormais sera plus que jamais très instable.
   Adad-nirari III, le souverain suivant, monta sur le trône très jeune, et le pouvoir fut donc d'abord assuré par sa mère Sammuramat (Sémiramis), et surtout par le turtanû Shamshi-ilu, homme très influent, qui sera à ce poste pendant plus d'un demi-siècle.   Adad-nirari n'en sera pas moins actif une fois au pouvoir, et ira vaincre le souverain de Damas, Israël, la Palestine, les Phéniciens et les royaumes Néo-hittites.
   Mais, pendant ces années, un adversaire redoutable était apparu au nord : l'Urartu, seul en mesure de rivaliser face à l'Assyrie.   Le souverain suivant Salmanazar IV, sera soumis à leurs assauts, et ne pourra jamais faire autre chose que les contenir.   A sa mort en 772, son frère Assur-dan III monte sur le trône, tandis que le pays est ravagé par la peste, et que la ville d'Assur se révolte.   Le pouvoir militaire (voire plus) appartient alors à Shamshi-ilu, comme sous le souverain précédent, et celui-ci réussit à conserver les régions de Syrie orientale, et contient les offensives de l'Urartu.   Il en fut de même sous Assur-nirari V troisième fils d'Adad-nirari III à régner, à partir de 754, toujours sous l'autorité de Shamshi-ilu, tandis que l'Assyrie était dans un état de crise quasi-permanente.   Enfin, une révolte éclata en 746, et, un an plus tard, Teglat-Phalasar, gouverneur de Kalakh, qui avait lancé cette rébellion, dont l'origine est inconnue, bien qu'il semble avoir été membre de la famille royale (voire même le frère de Assur-nirari III), prend le pouvoir.

Jusqu'à présent, le royaume assyrien s'est bâti au hasard des conquêtes de son armée.   D'abord simple petit pays enserré par des royaumes araméens au moins aussi puissants que lui, il a utilisé l'avantage que lui procurait son gouvernement installé depuis plusieurs siècles entre les mains d'un souverain chef de la religion et du peuple assyrien, bien appuyé par une noblesse et une armée efficaces pour se libérer de ses encombrants voisins (les Araméens au début).   Son expansion levant chaque fois un nouvel adversaire contre lui, et le nouveau souverain ayant chaque fois la volonté de surpasser ses prédécesseurs, voilà l'Assyrie lancée dans de grandes guerres pour soumettre les royaumes voisins, qui s'enchaînent l'une après l'autre.   De plus, l'attrait économique de la guerre (encore faut-il qu'elle soit victorieuse, mais les Assyriens sont rarement défaits), qui est pour ce peuple une véritable "industrie", augmente l'intérêt des campagnes militaires.   De ce fait, l'Assyrie, ancien pays de commerçants et de paysans, ne connaîtra plus jamais la paix, et sera quasiment voué à faire la guerre (il n'est en effet pas faux de dire que l'Empire néo-assyrien est entièrement voué à la guerre).  
   Seulement, la structure de l'État assyrien d'avant 911 n'est pas adaptée à un si grand territoire, et de grands pouvoirs tombent entre les mains de certains nobles, qui gouvernent les provinces qui leur sont attribué comme ils l'entendent, et augmentent leur pouvoir.   Ceci permet l'émergence de personnalités comme Shamshu-ilu, qui a pu disposer de libertés de commandement importantes en éclipsant les différents souverains qu'il devait en principe servir.

11. - Teglat-Phalazar III

Teglat-Phalazar III est l'homme qui va résoudre les problème qui minaient l'Assyrie depuis un demi-siècle.   Ce souverain très brillant va réformer la structure administrative et militaire du royaume.   Il va le rendre plus efficace, tout en le gardant centralisé, et augmenter le contrôle sur les gouverneurs, et aussi en doublant le poste de turtânu, pour éviter qu'un homme tel que Shamshi-ilu, qu'il a écarté, n'en vienne à avoir autant d'influence.   Grâce à cela, l'Etat Assyrien se dote enfin d'une structure administrative adaptée à sa soif de conquête, et n'est plus le simple royaume bâti au hasard des conquêtes qu'il était avant.   Ce souverain va commencer à annexer directement les provinces vaincues, instaurer le principe des déportations de population (qui auront des conséquences très importantes dans la composition ethnique de la population du Moyen Orient par la suite), et réformer l'armée, pour la rendre plus puissante.   Toutes ces réformes seront à la base de l'Empire Assyrien qui deviendra le plus puissant de son temps, et dont on peut dater le début au règne de Teglat-Phalazar III.
   Sur le plan militaire, il fut aussi très actif.   Il réaffirme sa domination sur Babylone en aidant son roi face aux tribus araméennes, et va piller celles du Zagros.   Puis il attaque la Syrie en 743, et défait les Urartéens et leurs alliés araméens et néo-hittites à Samosate.   Il va ensuite vaincre les souverains phéniciens, et se rendre suzerain de tous les souverains des royaumes alentours (Néo-hittites, Araméens, Israëliens, Arabes), grâce au seul prestige de ses victoires.   Puis il va en Iran, vaincre les (et leur voler qq. chevaux), et enfin attaque l'Urartu, mais échoue aux pieds de la capitale Tushpa.   Mais au moins cet adversaire est moins menaçant.   Puis il retourne au Levant, où il reçoit le tribut des rois de Tyr, de Sidon, de Palestine, et même d'Israël, et annexe au passage quelques royaumes araméens de Syrie, dont Damas.   En Babylonie, la situation est grave, et le pays est en proie à la guerre civile.   Bien qu'il exerce déjà une tutelle sur ce royaume, Teglat-Phalazar va quand même profiter de l'aubaine, et s'empare de Babylone, se proclamant roi de la cité sous le nom de Pûlu.   A partir de ce moment, l'Assyrie est enfin maître de Babylone, mais cette situation ne sera pas sans lui causer des soucis.   Quoiqu'il en soit, Teglat-Phalazar a réussi à redresser l'Empire Assyrie, à le rendre plus puissant que jamais, et il en a fait le puissant empire prédateur qui va se lancer à la conquête du Proche-Orient.

A sa mort en 726, son fils Salmanazar V prend le pouvoir, et, malgré la situation confortable dont il hérite, il se montre très entreprenant, et s'empare en 722 du royaume d'Israël lorsqu'il prend sa capitale Samarie, après avoir soumis et annexé les derniers royaumes araméens de Syrie encore indépendants.   Mais il ne poursuivra pas ses succès plus loin : quelques mois après ces victoires, il est renversé par un membre de la famille royale aux origines incertaines, qui prendra le nom de Sargon (Sharrun-kîn, "souverain légitime"), et instaurera la dynastie qui amènera l'Assyrie au plus haut.


IV.

Cette période marque l'apogée de l'Empire assyrien.   A partir de ce moment, plus que par les conquêtes (même s'il y en aura encore), l'histoire de ce royaume est marquée par les nombreuses révoltes des peuples soumis qui tentent de se libérer (l'Ancien Testament fournit un excellent témoignage sur les peuples vassaux d'Assur à cette époque).   Celles-ci sont soutenues par les grandes puissances seules capables de contrecarrer la puissance assyrienne, l'Urartu, et surtout l'Élam et l'Égypte, que l'Assyrie va devoir affronter.   C'est autour de son incapacité à trouver la stabilité (à l'extérieur mais aussi à l'intérieur) que se trouve la faiblesse de cet État.   Pour continuer à dominer, les Assyriens devront vaincre encore et encore, et ses batailles atteindront des sommets de violence (prises de Babylone par Sennacherib, de Thèbes et de par Assurbanipal, déportations massives), ce qui fragilisera encore plus leur Empire.

12. - Sargon II (722-705)

Le Proche-Orient à l'époque néo-assyrienne

En 722, Salamanzar V est donc écarté par Sargon II, probablement un membre de la famille royale.   Après ce coup d'État, l'Assyrie est en crise.   Mais le nouveau souverain est énergique, et se débarrasse de tous ses opposants, avant de résoudre les troubles qui sont nés dans l'Empire après ce bouleversement.   Babylone, soutenue par l'Élam, s'était ainsi soulevée, et était sortie de l'orbite assyrien sous l'impulsion de l'énergique chaldéen Merodach-Baladan.   En 720, Sargon dirige ses troupes vers les rebelles, mais il tombe d'abord sur leurs alliés Élamites, qui l'emportent.   Cette victoire va donner aux Babyloniens une dizaine d'années de répit.
   En effet, Sargon avait d'autres problèmes à résoudre, à l'ouest, en Syrie.   Les provinces araméennes d'Arpad et de Damas se soulèvent sous l'impulsion du roi de Hamat, en 720.   Bientôt, le roi de Gaza se joint à eux, avec le soutient de l'Égypte, qui commence à craindre l'expansion assyrienne.   Mais sur ce front, Sargon est intraitable : les révoltes sont rapidement matées, et leurs habitants sont déportés.   En 717, il va vaincre le roi de Karkemish, qui s'est révolté grâce à l'aide du roi Midas de Phrygie.
   Mais le plus gros problème reste l'Urartu, qui, éloigné des conflits, récupère de la défaite infligée par Teglat-Phalasar, et continue à soutenir les souverains des régions de Haute-Mésopotamie et du Zagros contre l'Assyrie.   Après avoir ravagé le pays des Manéens, Sargon décide donc d'aller cueillir son ennemi, le roi Rusa, chez lui.   En 714, il lance ses armées dans sa "Huitième campagne".   Les troupes d'Assur franchissent les cols de montagnes les séparant de l'Urartu, et battent tous leurs adversaires, avant de s'emparer de la forteresses de Musashir, capitale religieuse de l'Urartu, qui fut pillée.   Devant l'ampleur de la défaite, Rusa se suicida dans son palais de Tushpa.   L'Urartu ne représente désormais plus une menace pour l'Assyrie.
   En Anatolie et en Syrie, les révoltes continuent, et au soutien de l'Urartu qui s'affaiblit se substitue celui de la Phrygie au Nord, et de l'Égypte au sud.   Mais Sargon est désormais partout victorieux, et va repousser tous ses adversaires, étendant même son influence jusqu'à l'île de Chypre, après avoir raffermi sa domination sur la Palestine, ce qui provoquera un volte-face de Midas, qui lui demandera son alliance.
   En 710, Sargon peut retourner en Babylonie.   Ses armées, désormais très aguerries, sont irrésistibles, mais mettra quand même deux années à chasser définitivement Merodach-Baladan, qui fuira chez ses alliés Élamites.   L'Assyrie est désormais paisible, et Sargon peut bâtir une ville toute dédiée à sa gloire à Dûr-Sharrunkîn.
   Mais il n'en sera pas pour autant éloigné définitivement des champs de bataille.   C'est même là qu'il trouvera la mort.   En 705, après avoir tenté de dévaster l'Élam, il dirige une offensive sur le Tabal.   Mais il tombe dans une embuscade, où il est tué, son corps n'étant même pas retrouvé, ce qui constitue quelque chose de très grave pour les Assyriens.

13. - Sennacherib (705-681)

Sennacherib sur son trône

Sennacherib va monter sur le trône après la mort brutale de son père.   La situation dans l'Empire est plus paisible que lors de la prise de pouvoir de Sargon : les campagnes de ce dernier ont en effet affaibli la plupart des foyers de résistance au pouvoir assyrien.   Mais l'Égypte et l'Élam craignent toujours autant que l'expansion des armées d'Assur en viennent à menacer leurs terres, et vont donc rester toujours aussi actifs, et lever de nombreuses révoltes.   Sennacherib va d'ailleurs passer la plupart de son règne à combattre des révoltes, plus qu'à étendre son Empire.
   Babylone va être son plus grand problème.   Dès 703, Merodach-Baladan tente de remonter sur le trône de la ville, grâce au soutien des Élamites.   Il en sera vite chassé, et Sennacherib installe sur le trône de Babylone un homme de confiance, Bêl-ibni, qui, bien que Babylonien de naissance, connaissait de longue date le souverain.   Mais il ne tarda pas à être dépassé par l'ampleur des problèmes, et Merodach-Baladan était sur le point de l'évincer, quand Sennacherib intervint, le faisant fuir sans même le combattre.   Après cet évènement, le chaldéen se réfugiera dans les marais du Sud, où il est probablement mort peu de temps après.   Le roi d'Assyrie met sur le trône de Babylone son fils aîné Assur-naddin-shumi.
   En Palestine, la situation était elle aussi grâve, l'influence égyptienne se faisant de plus en plus pressante.   En 701, Sennacherib défit une coalition de rois Phéniciens, à laquelle se mêlait Ezechias, roi de Juda.   Ce dernier réussit à éviter le pillage de sa capitale Jérusalem, mais dut concéder de lourds sacrifices, qui ruinèrent son pays.
   Les troubles de l'ouest à peine résolus, Sennacherib doit renforcer sa frontière septentrionale par des campagnes punitives de 699 à 694, avant de retourner à Babylone, pour tenter de soumettre les souverains des principautés côtières de l'Élam.   Après cette opération, qui fut un semi-échec, les Élamites se réveillèrent, alertés par cette menace pressante, et envahirent Babylone, tuant le fils de Sennacherib après l'avoir déporté.   Les Élamites mirent un de leurs sur le trône de la ville, avant que le souverain assyrien ne revienne le chasser, et qu'il ne commettre l'erreur de mettre à sa place un homme plébiscité par les Babyloniens, qui ne tarda pas à se révolter avec une nouvelle fois l'aide élamite.   En 691, Sennacherib intervint, mais il est cette fois-ci repoussé par les rebelles.
   C'en est trop pour Sennacherib, qui a déjà perdu son successeur dans l'affaire, et ne voit plus comment il va pouvoir résoudre le problème babylonien.   Il va pourtant prendre une décision radicale en 689.   Il marche sur Babylone, défait Chaldéens et Élamites, et pille la cité sainte, saccageant jusqu'à ses sanctuaires les plus illustres, massacrant ses habitants.   Babylone ne se remettra pas de cette défaite pour une quarantaine d'années.
   Une fois ce problème résolu, Sennacherib partit en Palestine, probablement dans l'idée de renouveler ce qu'il vient de faire à Babylone.   Mais, alors que la campagne avait bien débuté, et que des rois arabes avaient étés pillés et soumis, il posa le camp au sud de la Palestine, où son armée fut ravagée par un épidémie, l'obligeant à rebrousser chemin.
   Mais Sennacherib ne trouva pas la mort loin de son pays, sur des champs de batailles auxquels il participait par ailleurs très peu, déléguant son pouvoir à ses turtanû, mais en Assyrie même.   Pourtant, il avait tout fait pour l'embellir, faisant de Ninive une capitale digne de cet Empire comme il n'y en avait jamais eu auparavant, une cité au moins égale en splendeur à sa rivale Babylone, et restaurant toutes les villes du pays d'Assur.   Mais sa cour était un lieu où se fomentaient de nombreuses révoltes.   Après la mort de son fils aîné, le successeur aurait du être son second fils, Arad-Mulissu.   Mais, sous l'influence de sa favorite Zaqûtu, il choisit le fils de celle-ci, Assarhaddon.   Cette décision fut très contestée, au point qu'il dut éloigner ce dernier de la cour.   Arad Mulissu se vengea de cette décision : en 681, il assassina Sennacherib dans le temple de Nabû à Ninive, avec l'aide d'autres de ses frères.   Dans tout l'Empire, cet acte fut considéré comme la punition de tous les crimes commis par Sennacherib.

14. - Assarhaddon (681-669)

Assarhaddon

Cet assassinat plongea l'Assyrie dans une guerre de succession très grave.   Les meurtriers ne restèrent pas longtemps alliés, et commencèrent à se battre les uns et les autres, ravageant l'Assyrie, provoquant la colère de ses habitants.   Ainsi, lorsque Assarhaddon sortit de sa retraite en 681, il avait avec lui l'appui de la population.   Il lui faudra cependant quelques mois pour résoudre le problème, et faire fuir les rebelles en Urartu.   Cette crise marquera profondément son règne, et provoquèrent chez le roi, déjà de nature souffreteux, et facilement influençable, par sa mère notamment, une très grande foi en la divination.
   Assarhaddon n'en sera pas moins un souverain plus avisé que son père.   Profitant du fait qu'aucune révolte ne s'était produite dans son Empire après sa difficile prise de pouvoir, il décida de restaurer la ville bénie des dieux, Babylone.   Grâce à cela, il n'eut aucun problème avec les habitants du Sud, qui se montrèrent, de manière très surprenante, de bons et voire même loyaux sujets.
   Mais les rois du Levant n'étaient pas aussi conciliants.   Assarhaddon dut intervenir en 676 pour réprimer une révolte phénicienne, et dut y revenir par la suite pour asseoir sa domination, après quoi la région sera un problème moindre.
   Au Nord, les tribus Scythes et Cimmériennes, apparues récemment dans la région, s'introduirent sur le territoire dominé par les Assyriens, mais furent vite repoussées.   Leur présence fut de plus bénéfique à Assarhaddon, puisqu'ils affaiblirent encore plus l'autre puissance de cette région, l'Urartu.   A l'est, en Iran, les et les Mannaï se montraient menaçants.   Mais quelques campagnes, et des position raffermies dans le Zagros occidental permirent au souverain assyrien d'éloigner ses nouveaux adversaires, tout en se faisant menaçant pour des Élamites, qui devenaient de plus en plus conciliants.   Cependant, la pression des Cimmériens le pousse à se désengager de l'Asie Mineure.
   Après avoir renforcé son pouvoir, Assarhaddon se lança en 674 à la conquête d'un pays d'une autre taille que ses autres victimes : l'Égypte, morcelée en plusieurs principautés, dominées par les souverains Kushites de Thèbes.   L'Assyrien, après avoir écarté les attaques du pharaon Taharqa au Levant, revint émoussé de sa première tentative, ne s'étant pas aventuré en Égypte même.   Après ce premier essai, il avança de manière plus ferme en 671.   Il fit traverser le Sinaï à ses troupes, et parvint enfin en Égypte.   Malgré la résistance acharnée des hommes du pharaon, il parvint à faire tomber Thèbes, et repoussa Taharqa vers le sud.   Une fois Assarhaddon retourné dans son pays, il n'eut aucun mal à reprendre le pouvoir.
   Assarhaddon ne put venir laver cet affront, puisqu'il tomba malade et mourut peu après, en 669, alors qu'il préparait la reconquête de la Basse Égypte.

15. - Assurbanipal (669-627)

Après la mort d'Assarhaddon, il n'y eut pas de troubles de succession.   La question avait en effet été réglée par le souverain, qui craignait à juste titre le problème, et il avait décidé de confier son trône à son second fils Assurbanipal, et de donner celui de Babylone à son aîné Shamash-shuma-ukîn.   Les membres de la famille royale, ceux de la cour, et les sujets d'Assyrie, ont tous du prêter serment, et jurer qu'ils respecteraient ce choix.   Ainsi, la succession se passa sans heurts.
   Assurbanipal sera l'un des plus brillants souverains assyriens.   Préparé à cette tâche depuis sa naissance, il saura se montrer digne de ses plus illustres ancêtres.   La situation de l'Empire est relativement calme en 669, lorsqu'il prend le pouvoir.   Aussi, il peut entreprendre de suite la reconquête de l'Égypte, perdue un an plus tôt.   Il envoie donc son turtânu sur la terre des pharaons.   Celui-ci reprend Memphis sans difficultés, faisant fuir Taharqa.   Mais comme le pays n'est pas encore complètement soumis, puisque le sud n'est pas conquis, Assurbanipal prépare une grande armée, qu'il envoie à la conquête de Thèbes, la capitale de la Haute Égypte.   C'est alors qu'une tentative de rébellion égyptienne avorte, obligeant Assurbanipal à changer de politique.   Il décide donc de mettre un Égyptien qu'il juge fable, Necho, sur le trône de ce pays, tout en laissant son armée dans le nord.   Et il fut très avisé en cela.   Car si le roi ne se révolta pas, le fils de Taharqa, Tanutamon, organisa une contre-attaque en 664, et réussit une percée vers Memphis, avant d'être vaincu par l'armée assyrienne, qui se dirigea aussitôt sur Thèbes, et détruisit définitivement la cité.
   La situation dans le reste de l'Empire n'en restait pas moins préoccupante.   Ainsi, Assurbanipal dut envoyer plusieurs fois ses troupes en Phénicie et en Palestine, ainsi qu'en Iran, contre les Élamites et les , et même au nord contre les Cimmériens.
   La situation s'aggrava en 653, lorsque Psammétique prend le pouvoir en Égypte, et chasse les Assyriens.   Cet évènement tombait bien mal pour les Assyriens, puisque leur plus farouche ennemi, l'Élam, se faisait de plus en plus agressif, et était un objectif plus prioritaire que la lointaine Égypte.   Les nombreux démêlés d'Assurbanipal avec les Élamites sont assez complexes, et ne seront pas développés ici.   Il suffit simplement de savoir que cette seconde offensive contre ce pays se solda par une victoire assyrienne, et qu'un souverain favorable à ces derniers fut mis sur le trône d'Élam.
   Aussitôt, la plus grande révolte que subit l'Empire Assyrien commença à Babylone, où Shamash-shumi-ukîn, après seize années de calme, se souleva contre son frère.   Il avait bien sur reçu le soutien des Elamites, peu fidèles à Assurbanipal, mais aussi celui des peuples du Levant, et des Arabes.   Cette guerre terrible dura plus de trois années, au cours desquelles les adversaires se rendirent coup pour coup, avant que les Babyloniens ne finissent finalement vaincus, et que Shamsh-shumi-ukîn, assiégé dans sa capitale, ne mette le feu à son palais avant de s'y jeter dedans.   Le trône de Babylone revint à Kandalanu, un homme de confiance d'Assurbanipal, qui restera fidèle jusqu'au bout aux Assyriens.

Siège d'une cité élamite

Après ce conflit, Assurbanipal décida de châtier tous ceux qui avaient aidé les Babyloniens.   Il ravagea d'abord le pays des Arabes, en plein désert, avant de se lancer vers l'Élam.   Après une guerre longue et complexe, qui dura plus de trois ans, , capitale de l'Élam, fut prise, et pillée, comme tout les pays élamite.   Celui-ci ne s'en relèvera jamais, et les Perses s'installèrent en ces lieux petit à petit.


V.

16. - Le roi

La règle successorale

Lorsque le temps est venu de lui trouver un successeur, le roi doit procéder à une cérémonie, avec "l'élu", le plus souvent son fils aîné, même si ce n'est pas systématique.   En présence de tous les notables du pays, ainsi que du peuple assyrien, il le fait entrer dans la bît redûti, la "maison de succession", sous les acclamations de la foule.   Cete maison successorale était située non pas à Assur, capitale traditionnelle de l'Assyrie, mais à Tarbisu, au nord de Ninive.   A partir de cette cérémonie, le futur roi pourra commencer à exercer les tâches qui incombent à son statut, et devra suivre une éducation digne de son rang.
   Mais cette désignation ne dépend pas uniquement du roi.   En effet, comme le voulait la religion, les dieux avaient aussi leur mot à dire.   Aussi, on se devait de les consulter sur cette décision, en faisant appel aux devins.   L'importance de la désignation divine permettait ainsi aux usurpateurs, "fils de personne", de pouvoir exercer la fonction royale en toute légitimité.   Il lui suffit alors de se proclamer élu d'un dieu, son protégé.   Cette désignation divine permet au roi d'être le "grand prêtre" du dieu national, Assur.

L'intronisation

Après la mort du roi, qui sera enterré dans la capitale religieuse traditionnelle, Assur, son successeur peut exercer ses fonctions de roi.   La cérémonie du sacre a lieu dans la même ville.   L'héritier est assis sur un trône, puis transporté dans l'Ekur, le temple du dieu national Assur, tandis qu'un prêtre le suit en criant "Assur est roi", comme pour rappeler que le roi n'est en fait que le "vicaire" du dieu.   Arrivé à l'intérieur du temple, le roi descend de son trône, se prosterne devant la statue du dieu et procède à des offrandes durant une cérémonie précise correspondant à son rôle de "grand prêtre" d'Assur.   Puis un prêtre lui remet ses insignes, le couronne d'Assur et le sceptre de Ninlil, avant de rejoindre son palais, où il pourra exercer sa fonction grâce à la bénédiction du dieu.   Sur son trône, il reçoit l'hommage des notables.   Ils lui remettent les insignes de leur fonction, avant de se les voir rendus, comme pour confirmer que leur pouvoir ne dépend que du roi, qui est leur maître incontestable.   Ce dernier protocole accompli, la fête peut continuer dans la ville en liesse.
   A partir de ce moment, chacun de ses sujets lui doit fidélité.   C'est pour cela que les Assyriens avaient instauré le principe de l'adê : il s'agit d'un serment de loyauté envers le roi, prêté par son entourage, les grands d'Assyrie, et même dans certains cas tous les habitants du pays.   Chaque personne ayant prêté serment ne devra jamais accomplir un acte contraire à cette promesse, sous peine de mort.

La fonction royale

Le roi dirige le pays.   Il est tout-puissant, a tout les droits sur ses sujets, sans distinction de rang.   Il représente l'autorité absolue d'un état militaire puissant et quasi-invincible à sa plus prestigieuse époque.   Ses tâches quand à la conduite de l'état sont de ce fait nombreuses et variées.   Il doit rendre d'abord gérer les affaires touchant à l'état, donner des ordres, édicter les lois.   Il doit de plus rendre certains jugements.   Il fixe les impôts, décide du calendrier.   Pour l'aider, il est entouré de scribes, parlant de nombreuses es et étant compétents dans de nombreux domaines comme l'impliquaient l'ampleur des tâches.
   Du point de vue diplomatique, le roi est tout d'abord celui qui décide la guerre.   Il reçoit les ambassades et les tributaires.   Les premiers sont soumis à un protocole précis lorsqu'ils sont reçus par le souverain dans la salle du trône.   Si les représentants des petits états doivent se prosterner devant le roi, ceux envoyés par les rois puissants, les "frères" du monarque, ne sont pas soumis à de telles révérences, et se contentent de s'incliner, par respect.   Ces échanges entre grandes cours impliquent des cadeaux de grande valeur, de l'or et autres matériaux précieux, des étoffes, ainsi que des objets ou animaux rares, des "phénomènes" qui iront orner le jardin du roi.   Les tributaires sont tenus de se prosterner face au souverain rayonnant dans sa toute-puissance.   Le roi se voit aussi proposer des épouses, qui rejoindront son vaste harem.   Ces mariages avaient naturellement valeur d'arrangement diplomatique.
   Mais le roi assyrien est aussi le "grand-prêtre" du dieu Assur, et, s'il pouvait confier ses tâches diplomatiques à d'autres, il se devait d'accomplir sa fonction religieuse lui-même.   Il devait ainsi participer à de nombreuses cérémonies complexes, et ce dans tout le pays, selon un calendrier chargé, ce qui rendait cette tâche colossale.   Comme il représente le dieu, il est de plus celui qui devra répondre des "actes" de celui-ci, et était soumis à des jeûnes, humiliations et autres pénitences de ce fait.   On comprend donc toute l'ampleur de cette tâche qui occupait une majeure partie de ses journées.

Assurbanipal chassant des lions

Quand il n'était pas astreint à ses lourds devoirs, le roi pouvait se livrer à son activité favorite, sujet de nombreux reliefs sculptés retrouvés dans les palais assyriens : la chasse.   Au cours de ces journées de détente, le souverain et ses suivants abattaient de nombreuses bêtes, dont les plus redoutables étaient les lions.   Il est intéressant de voir que les assyriens considéraient comme plus dangereux un animal mort qu'un vivant, par crainte de la vengeance de son âme courroucée.   Le tueur se devait alors de verser sur les cadavres une libation pour éloigner ce danger.

L'administration

L'administration centrale

Les personnes secondant le roi dans ses tâches sont issues de la noblesse assyrienne, certains faisant même partie de la famille royale.   Les généraux en chef, ou turtânu, étaient des personnes très importantes.   La fonction avait été dédoublée, de manière à éviter des atteintes au pouvoir royal : il existait un turtânu de droite et un turtânu de gauche.   En plus de leur autorité en tant que chef de guerre, le turtânu jouissait d'une grande influence à la cour.   Viennent ensuite d'autres dignitaires : le grand échanson (rab shaqê), le grand intendant (mashennu), le héraut du palais (nâgiru ekalli), le chef des eunuques (rab rêshê), le majordome du palais (sha pân ekalli), et le chef cuisinier (rab nuhhatimi), etc.   La fonction de vizir (sukkallu), avait été dédoublée : un sukkallu dannu était assistait par un sukkallu shânu, son second.   Le successeur, qui peut avoir des tâches importantes après sa désignation, ainsi qu'une épouse influente pouvaient aussi agir sur les décisions du souverain.   Grâce à cette administration centralisée très hiérarchisée, le roi disposait d'un appui efficace pour l'aider dans la conduite de l'Empire.
   Les fonctions des dignitaires de la cour sont mal connues.   Le turtânu avait un rôle avant tout militaire, et il est à la tête des armées, mais on sait qu'il arrivait que d'autres personnages que lu ou le roi mènent des expéditions militaires.   Le grand vizir dirigeait l'administration des provinces, et recevait des rapports de subordonnés (sukkallu de provinces) qui l'informaient de la situation dans les territoires sous domination assyrienne.   Le majordome du palais avait la lourde tâche de diriger l'administration du palais et de ses dépendance, et il gérait l'entretien de la cour.   Le chef cuisinier, comme son nom ne l'indique pas, réceptionnait les messages royaux.   Le successeur, installé dans la Maison de succession (bît redûti), y exerçait des charges importantes (de contrôle notamment).   Il semble en fait que certaines charges ne prédisposaient pas forcément à une fonction précise.   Selon la volonté du souverain, mais aussi la personnalité et la valeur du dignitaire, celui-ci pouvait se voir assigner des tâches diverses.   Dans un État où le pouvoir royal est aussi fort que celui-ci, le souverain pouvait faire et défaire les notables, et jouer entre les nombreuses rivalités de cour.   Il doit cependant constamment rester sur ses gardes, car son palais est un lieu d'intrigues pouvant mettre son pouvoir en danger.

L'administration provinciale

A partir des réformes de Teglet-phalazar III (746-727), l'Empire assyrien est divisée en provinces, chacune avec un gouverneur à sa tête.   Ce roi a en effet été le premier à annexer des territoires autrefois placés sous administration indirecte.   Depuis son règne, les gouverneurs relevaient directement de l'autorité royale, en Assyrie.   Ils étaient souvent les membres de l'entourage du roi vus ci-dessus, assistés par leurs délégués, les qîpû, "hommes de confiance", par ailleurs chargés de veiller à ce que tout se passe bien dans ces territoires, vu que les gouverneurs ne pouvaient assurer toutes les tâches qui leur étaient confiées.   Les titres portés par ceux-ci étaient soit bêl pihâti, "chef de circonscription", soit shaknu, "préposé".   Leurs fonctions étant similaires malgré cette différence.  
   Le gouverneur devait faire respecter la loi dans sa région, faire en sorte que le tribut (madattu), établi en fonction des richesses de la province, soit payé chaque année (sauf dans le cas des villes franches, en majorité en Assyrie même), et que le culte du dieu Assur, maître de l'Assyrie, soit respecté, tout comme l'autorité de son roi.   Il doit aussi informer le pouvoir central de ce qui se passait dans sa province.   Il peut de plus partir en campagne en cas de révolte, ou de problèmes dans les pays voisins s'il s'agit d'une province frontalière, grâce à un contingent constamment à sa disposition, le tout soutenu par ses moyens financiers assez importants.   Les grands dignitaires royaux se voyaient chargés de l'administration d'une province, principalement une marche, qui allait de pair avec leur titre.  
   Chacune des provinces était ensuite elle-même divisée en qannu, des "districts", dirigés par un râb alâni, "chef de ville".   Le gouverneur était aidé par des fonctionnaires, chargés principalement de l'aider à lever le tribut.   Sous le règne de Teglat-Pheleser III, les gouverneurs furent de plus assistés par des personnages, le shanû ("second") et les shalshû ("troisième"), chargés probablement de les surveiller pour éviter les abus de pouvoir et permettre à l'État de mieux contrôler ses provinces.   Des sukkallu de province faisaient des rapports au sukkallu dannu (le grand vizir), qui était ainsi informé de ce qui se passait dans ces régions.
   Le roi pouvait aussi laisser à la tête des régions soumises le souverain "légitime" du pays (qu'il choisissait de toujours toute façon, pour limiter les risques).   Il y avait ainsi deux types de territoires dépendant de l'Assyrie : les régions sous administration directe, et celles sous administration indirecte.   Le tout contrôlé par une administration fortement centralisée, veillant sans cesse à ce que l'autorité assyrienne soit respectée, par le biais d'un réseau de communication élaboré couvrant tout le territoire soumis au roi.   la domination était devenue moins pesante sous les Sargonides.   Ces souverains tentent une mise en valeur du territoire : des voies de communication sont aménagées, on essaie de mettre en valeur des régions, et les grandes villes d'Assyrie sont des centres de consommation importants dont certains dans l'Empire profitent de la demande en produits divers.   De plus, le tribut à payer semble désormais adapté aux possibilités du pays.   La domination assyrienne n'entraîne donc pas la ruine des provinces.   Les dominateurs paraissent d'ailleurs assez ouverts : nombreux sont les cas d'étrangers ayant occupé un poste important à la cour royale, notamment des Araméens.
   Pour faire face aux révoltes, les souverains d'Assyrie ont instauré une politique de déportations massives, qui se révéla peu efficace.   Ils avaient l'intention de faire un gigantesque brassage de populations, pour permettre une meilleure stabilité dans l'Empire.   Au final, l'Assyrie ne compta qu'une minorité d'Assyriens de souche, les déportations entraînèrent l'aramaïsation de l'Empire, et les populations soumises n'en étaient que plus remontées contre les dominateurs.  

Les grandes villes du territoire pouvaient se voir accorder des privilèges, dus à leur prestige et aussi à la crainte de révoltes.   Elles pouvaient ainsi obtenir des franchises (zakûtu), pour avoir leur liberté (kidinnûtu), et ne plus avoir à payer d'impôts, ne plus être touchées par la conscriptions et être exemptées de l'ilku, le service du au roi.   A un niveau inférieur, certaines cités, notamment celles de Babylonie, disposaient de privilèges.   Le pouvoir central pouvait ainsi espérer apaiser les tensions venant des villes, mais ils y perdaient une grande source de revenus.   Les grandes villes étaient soumises à l'autorité de fonctionnaires royaux, résidant dans son palais principal, sous la direction du gouverneur de la province ou de celui du district.   Si les fonctions étaient souvent identiques, le titre variait.   Dans les villages, l'autorité est exercée par le maire, aidé par trois anciens.   Ils prennent en charge les intérêts des villageois, et rendent la justice.

Soumission d'un vassal devant un souverain assyrien

Le trésor royal

Pour subvenir à ses besoins, l'État collectait des impôts en plus du tribut qu'il imposait aux territoires soumis.   Ils étaient prélevés par des collecteurs dans tout l'Empire, sous la direction des gouverneurs de province, qui en gardaient une partie pour leur circonscription.   Les prélèvements consistaient en des biens en nature, comme du bétail, du blé, de l'orge, du bois, des tissus ou des métaux.   Ils étaient adaptés aux possibilités de la région, ainsi qu'à la nature de ses ressources.   Le gouvernement imposait aussi à ses sujets de payer des taxes (commerciales, agricoles, artisanales, etc.) ou d'accomplir des corvées quand le nombre d'esclaves est insuffisant pour la construction d'ouvrages entrepris par le roi, dans le cadre de l'ilku.   Mais quoi de mieux pour renflouer le trésor royal que d'entreprendre une campagne militaire pour s'emparer d'un butin constitué d'objets de grande valeur ? La guerre, sous condition de remporter la victoire, ce qui était chose aisée quand on considère la puissance de l'armée assyrienne, était en effet le meilleur moyen pour disposer de richesses en quantité considérable tout en renforçant son prestige, et ainsi d'assurer la grandeur de l'état assyrien.   Les palais possédaient de plus des terres gérées par des administrateurs spécifiques permettant d'autres rentrées d'argent.
   A quoi servaient donc ses richesses ? La guerre avait évidemment son coût, mais il était apparemment inférieur à ce qu'elle rapportait.   Les gigantesques chantiers entrepris par le roi, voués à son prestige et à sa postérité, durant de longues années entraînaient des dépenses considérables.   Il fallait de plus contenter les dieux, et on destinait donc de l'argent aux temples.   Les palais des provinces avaient aussi droit à leur part, les impôts qu'ils collectaient n'étant pas toujours suffisants.   Mais les dignitaires recevaient aussi des pensions, et la famille du souverain obtenait aussi sa part pour pouvoir s'assurer un bon train de vie.   Le roi disposait bien sûr de richesses considérables, et accordait des cadeaux à ses favoris en guise de récompense.   Ce qui restait était conservé dans le trésor royal, en vue d'une utilisation future.

17. - Société et économie

La société assyrienne est assez difficile à cerner.   Le peuple assyrien était nommé dans les textes nishe, ce qui signifie "les gens", mais aussi (et c'est plus significatif) ardâni, ce qui veut dire "serviteur".   Du point de vue des dirigeants, ils étaient avant tout destinés à servir leur dieu Assur, donc l'Etat Assyrien incarné par le roi.   Cette soumission est marquée par l'adê (voir plus haut).
   Il n'y a pas de distinctions entre les hommes libres que celle entraînée par la situation économique : il y a des dépendants et des indépendants.   Au sommet de la hiérarchie se trouvent le roi, sa famille, puis sa cour et le haut clergé (les temples).   Ils basent leur richesse sur leurs terres.   Mais le roi affirme de plus en plus son pouvoir au cours de cette période, et la constitution de grands domaines dépend selon que l'on a sa faveur ou non.   Les grands propriétaires possédaient de vastes domaines, rarement d'un seul tenant, sur lesquels travaillaient des hommes libres ou des esclaves.   Les hommes étaient dans ce cas attachés à la terre : lors d'une vente d'un domaine, les exploitants et leur famille changeaient de maître.   Certains paysans privilégiés disposaient de leur propre exploitation.   La population des campagnes habite des petits hameaux (kapru) situés à proximité de la petite exploitation qu'ils ont à charge.  
   Le nombre de ruraux semble diminuer au cours du temps avec les guerres et les déportations, tandis que les charges augmentent, avant tout pour nourrir les grands centres urbains, sans parler de l'ilku, la corvée due au roi, qui consiste souvent en un certain temps de travail sur une terre royale.   Du fait des difficultés qu'ils ont à cultiver leurs terres, de nombreux exploitants sont entraînés dans une spirale d'endettement, les empêchant de remonter la pente par la suite.   On connaît même le cas d'une communauté villageoise ayant vendu toutes ses terres pour faire face à son endettement.
   Les activités principales des villes, en dehors de l'administration, sont le commerce et l'artisanat.   Ils se font dans le cadre du palais, qui est le principal demandeur de biens, de luxe notamment.   Stimulés par l'importance de ces centres de consommation, ces secteurs semblent avoir eu une activité considérable.   Le problème des villes paraît venir du fait qu'elles sont des constructions artificielles peuplées avec des déportés.   Il ne s'agit donc pas de cités ayant grandi avec un rythme naturel en fonction des capacités du pays.   Ceci explique le poids qui pèse sur les épaules des ruraux, et leurs difficultés.


VI.

18. - Un colosse aux pieds d'argile

Après plus de six ans de batailles dans le sud de son Empire face aux Babyloniens et aux Élamites, Assurbanipal était au sommet de sa puissance.   Mais l'Égypte était perdue, et partout les peuples soumis se préparaient à se soulever contre l'envahisseur, qui n'est pas accepté malgré une probable baisse de la rigueur de sa domination.   La situation de l'Assyrie même à la fin du règne d'Assurbanipal paraît assez difficile.   Marquées par les guerres, qui ont causé de nombreuses pertes, ainsi que les déportations, les campagnes semblent en crise, notamment du point de vue démographique, mais aussi économique.   Les grandes agglomérations du pays sont des centres de consommation très importants, et l'approvisionnement y est difficile, ce qui provoque une forte inflation.   De plus, la situation à la tête du pouvoir ne s'est pas stabilisée.   Les rivalités de cour continuent, et les souverains doivent toujours se méfier autant de leur entourage que des pays vassaux.
   Mystérieusement, on ne sait presque rien des vingt dernières années du règne d'Assurbanipal, qui paraît avoir duré jusqu'en 647.   Quoiqu'il en soit, alors qu'en 647 l'Assyrie était au faîte de sa gloire, en 627, elle est au bord de l'explosion.   Cette période qui fut semble-t-il assez trouble, aura vu la montée en puissance des en Iran, et des Scythes.   Là est le problème qui va affaiblir l'Assyrie : si l'Ouest (le Levant), le Sud-est (l'Élam) et le Sud (la Babylonie) sont soumis et bien défendus, la frontière Nord-est (le Haut Tigre et le Zagros occidental) sont des espaces à la merci de ces deux peuples.   A la mort du roi, les Cimmériens jettent le trouble en Cilicie, tandis que les se font menaçants.

19. - Les soulèvements

C'est son fils Assur-etil-ilani qui succède à Assurbanipal à sa mort en 627 (il règne probablement depuis 630, son père s'étant sans doute retiré du trône avant son décès), assez proche de celle de Kandalanu à Babylone.   C'est du nord et du sud que viendront les problèmes.   Peu après sa montée sur le trône, le jeune roi doit affronter les hordes Scythes qui ravagent l'Urartu, et se dirigent vers l'Assyrie.   Il semble cependant qu'ils furent détournés vers l'Egypte de Psammétique, où ils seront arrêtés, non sans avoir semé la désolation sur leur passage.
   Mais c'est de la Babylonie que viendra le début de la fin.   Sîn-shar-ishkun, autre fils d'Assurbanipal, avait probablement été nommé roi de Babylone, et se soulève contre son frère.   Au même moment, le gouverneur chaldéen de la région du sud (le Pays de la Mer, autour d'Isin), Nabopolassar, ne se soulève à son tour, ainsi qu'un personnage nommé Sîn-shum-lishir, qui règne quelques temps autour de Nippur.  
   Dans le sud, Sîn-shar-ishkun fait mieux que résister puisqu'il tue son frère venu le combattre directement en 624.   Mais il décida alors de repartir à Ninive, pour se faire couronner roi d'Assyrie plutôt que de laisser un autre le faire à sa place, laissant le champ libre à Nabopolassar en Babylonie.   Ce dernier profita de l'aubaine, et obligea Sîn-shar-ishkun à venir l'affronter, tandis que tout l'Empire Assyrien vacillait.   La révolte de Babylone avait en effet eu des répercussions partout dans le royaume, et peu à peu tous les vassaux de Ninive reprirent leur indépendance sans aucun problème, puisque l'armée assyrienne (du moins ce qu'il en restait), était occupée en Babylonie.   Nabopolassar tint tête à son adversaire, qui vit son Empire se désagréger encore plus.  

20. - La chute de Ninive

Cette situation suscita l'intérêt du souverain Mède Cyaxare, qui désirait profiter de la faiblesse de l'Assyrie pour enfin donner de la splendeur à son royaume, qu'il avait étendu en soumettant les peuples iraniens (dont les Perses) quelques années auparavant.   Il sollicita ainsi l'alliance de Nabopolassar, qui accepta.   Sîn-shar-ishkun n'avait alors plus d'autre choix que celui de combattre, puisqu'il ne pouvait plus tenter de faire la paix avec le Chaldéen, ce qui lui aurait laissé l'opportunité de reprendre le contrôle de ses anciens pays vassaux.   Ses adversaires avaient décidé sa fin et celle de son Empire.   Nous sommes en 616.
   Face à ces ennemis, les Assyriens ne pouvaient plus tenir.   Dans le sud, Nabopolassar progressait, tandis que les , qui attaquaient au nord, firent tomber la ville d'Assur en 614.   Ils furent rejoints par Nabopolassar, qui avait réussi à chasser Sîn-shar-ishkun de la Mésopotamie Centrale.   Cette jonction en Assyrie même en disait long sur le sort que les deux alliés réservaient à ce pays : ils avaient décidé la fin de cet Empire trop arrogant.   Kalakh tomba peu après, avant que Ninive ne s'effondre définitivement en 612.   Sîn-shar-ishkun mourut vers ce moment, et un des ses généraux, Assur-uballit, prit le flambeau, et amena les dernières troupes assyriennes à , plus au nord.   Là, ils résistèrent jusqu'en 609, date à laquelle les Babyloniens et les anéantirent les dernières poches de résistances assyriennes.   C'en était fini du grand et puissant empire qui avait terrorisé tout le Moyen-Orient pendant plusieurs siècles ...
   Plus qu'une simple défaite, celle-ci marqua définitivement la fin de la nation assyrienne ancienne.   Après 609, seule la ville d'Assur redeviendra une bourgade d'importance mineure.   Mais les pays était ruiné, et ne sortit pas de cette situation économique désastreuse avant longtemps.   Dans cette situation, le prestige de la puissante Assyrie retombera rapidement, pour ne plus être qu'un lointain souvenir relayé par la Bible et quelques auteurs classiques.


Bibliographie :

  • Garelli, P. (dir.) - Le Proche Orient Ancien, Tome-2 (2 Tomes), P.U.F., "Nouvelle Clio", 1995

  • Joannès, F. - La Mésopotamie au Ier millénaire avant J.C., Armand Colin, "Histoire", 2000

  • Joannès, F. (dir.) - Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Robert Laffont, 2001

  • Roux, G. - La Mésopotamie, Seuil, "Points Histoire", 1985


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